Entrajuada Occitano-Toarèga

Entraide Occitano-Touarègue

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25 janvier 2003

 

 

 

COMPTE RENDU DE MISSION

 

SEJOUR AU NIGER DU « 31/12/2002 au 21/01/2003 »

 

Intervenants : Jean Marc PELLET président de EOT et Nicole Faucon-Pellet

 

 

OBJET : I Vérifier à l’improviste la situation réelle dans nos écoles de SIKERAT et ANOU N’AGAROF.

2        Vérifier de quelle façon la nourriture a été réellement distribué.

3        Vérifier l’état de nos bâtiments et de nos investissements.

4        Rencontrer un maximum d’intervenants et de responsables locaux.

5        Acheter quelques bijoux pour l’association.

6        Essayer de comprendre la situation actuelle dans le Nord Niger.

 

 

 

  La piste de l’aéroport d’Agadez étant toujours fermée, nous avons dû atterrir à Niamey. Après un certain temps nécessaire à « l’expédition » nous arrivons à Agadez et nous sommes logés chez notre ami Mohamed Ag Ewanghaye qui nous sert de camp de base.

Les premières discussions portent sur le coût actuel des sacs de riz, de mil et de niébé. Dès le premier abord, il semble que les prix qui nous ont été facturés soient « légèrement » majorés ! (voir détails des prix sur le dernier compte rendu).

 Nous attendons quelques jours pour être sûr que la rentrée scolaire dans les campements a bien eu lieu et nous partons pour Sikerat.

Pour rappel, Sikérat est au nord d’Agadez, à environ 120 kms en direction d’Arlit, et à 28kms à l’ouest du goudron par la piste.

Nous arrivons en début de soirée le lundi et trouvons un « village » semi-désertique avec seulement l’instituteur et deux écoliers !

Après les salutations d’usage, Rhissa l’instituteur nous dit que l’effectif de l’école est de 9 élèves que nous pourrons voir les autres enfants mardi matin.

Rhissa ayant lu les derniers comptes rendus de EOT était donc au courant de nos difficultés.

Nous demandons à Rhissa de nous montrer les vivres.

À noter que l’instituteur n’avait pas eu connaissance des prix et du poids des vivres que l’inspection d’Académie avait livrés. Seul figurait le nombre de sacs ou de bidons.

Il s’avère que non seulement les prix avaient été majorés, mais également le poids des sacs qui ne correspondait pas à ceux facturés !

De plus, le manœuvre (la personne qui fait la cuisine pour les enfants) n’étant pas payé par l’Etat, a été en partie rémunéré en sacs de mil...

Face à ces dysfonctionnements, nous programmons une réunion pour le soir même avec les deux parents d’élèves et le directeur de l’école.

Réunion :

Après avoir re-expliqué que l’Etat du Niger prenait en compte financièrement la paye de l’instituteur (35000 cfa/mois, 350 f pour mémoire) et que la nourriture des enfants et la charge du manœuvre etaient du ressort exclusif des parents, il fallait en tirer les conclusions : pour que l’école continue à vivre, il fallait que les parents d’élèves trouvent les vivres et le financement pour le manœuvre.

E.O.T offre la nourriture aux enfants, exclusivement pour les enfants ; aux parents d’élèves à faire un effort pour prendre en charge financièrement le manœuvre.

À partir de maintenant, nous exigeons une participation des adultes afin de sortir d’un assistanat chronique.

De plus il est confirmé que le troupeau scolaire caprin et l’âne ont disparu !

Pour ce qui est de la charrette, elle repose sous un épineux depuis plus d’un an les deux roues crevées.

 

 

Pour que notre action puisse se poursuivre à Sikerat, je demande solennellement au nom d’EOT que pour la rentrée scolaire d’octobre 2003, les chèvres et l’âne soient récupérés et que la charrette soit en état de fonctionner.

Si tel n’est pas le cas nous cesserons toutes nos actions sur Sikerat.

À noter qu’une maison sans bois a été construite à côté de l’école afin de servir de cantine, alors même qu’il aurait été bien plus intelligent d’entretenir les bâtiments scolaires annexes existants, mais cela n’offre guère d’intérêts financiers pour certaines ONG dont la fonction est de « faire » afin de justifier leurs payes et leurs existences. CQFD

Le mercredi matin, nous quittons Sikerat pour Anou N’Agarof.

À une vingtaine de kilomètres plein nord une grosse surprise nous attend.

Après être passé devant le puits pastoral en début d’activité matinale nous arrivons devant l’école : pas de drapeau flottant au vent, signe de la présence d’un instituteur et de l’ouverture de l’école !

Le désert le plus complet. Pas âme qui vive !

La classe de Tanja est toujours là et un nouveau bâtiment en dur, un dispensaire, est apparu, ainsi qu’un nouveau puits ; tout cela est l’œuvre du programme du président ! À noter pour information que le programme du président *mille classes,*mille dispensaires,* mille puits est financé en contrepartie du non-remboursement d’une partie de la dette de l’Etat.

Notre dortoir est délabré, la majorité des enduits extérieurs ont disparu et l’on voit la lumière à travers le toit… Le vent et les dernières pluies sont jugés responsables des dégâts ! Deux touaregs, nous voyant tourner sur les lieux, apparaissent enfin pour nous expliquer que le directeur de l’école, un Haoussa, n’est pas revenu faire la rentrée de début d’année pour des questions familiales. Il y aurait 20 enfants scolarisés. Nous avons devant nous la démonstration la pire qui soit d’un investissement énorme dans un lieu où des populations non préparées voient tomber du ciel les œuvres de l’Etat et des pays étrangers. Je demande aux personnes présentes de signaler aux parents d’élèves qu’EOT ne reprendra ses aides que et uniquement si le dortoir est remis en état. Il est inconcevable de continuer à aider cette école si les parents sont incapables d’entretenir un minimum les bâtiments que nous leur avons construit. Écœurés, nous quittons Anou N’Agarof en direction d’Arlit en attendant d’avoir des explications à l’Inspection d’Académie.

 

Avant de rentrer à Agadez, nous faisons une étape dans le kori de Solomi, à Tébouet, où nous trouvons une ancienne école désaffectée de l’association Grains de Sable.

Les parents d’élèves nous demandent de prendre la relève suite à l’abandon de cette association.

Après de plus amples débats, il apparaîtrait que l’Etat serait sur le point de prendre la relève. Il nous est demandé d’intervenir auprès de l’Inspection à Agadez pour vérifier l’avancement du projet, ce qui fut fait.

Nous nous arrêtons donc à l’Inspection de THIROZHERINE.

Rencontre avec le responsable auquel nous expliquons les situations sur Sikerat et Anou N’Agarof, tant sur les problèmes de nourriture que sur l’absence de l’instituteur.

Le conseiller pédagogique à l’honnêteté de jouer cartes sur table et nous conseille de régler le ravitaillement directement avec les parents d’élèves et les directeurs d’école, notre association n’ayant ni les moyens financiers, ni le désir de « rentrer dans le système Nigérien » !

Pour ce qui est de l’enseignant absent, il est prévu son remplacement d’ici fin janvier.

Rencontre avec l’inspecteur de l’éducation d’Agadez.

Je lui fais part de mon mécontentement et je lui demande de faire un effort pour qu’à l’avenir on choisisse un enseignant parlant le Tamachek.

J’ai le sentiment que la situation des enfants de la brousse ne le préoccupe guère.

Rencontre du responsable de l’enseignement Franco-Arabe d’Agadez. La situation est ici encore pire quant à l’environnement et au dénuement.

Rencontre avec Hamed Botto le responsable d’une des plus grosse ONG Touarègue liée à la Coopération Française. Travaillant lui aussi sur Sikerat nous partageons notre découragement respectif, mais il nous demande de persister dans nos efforts. Connaissant les populations de très près il nous exhorte de tenir bon car si nous arrêtons, l’Etat ne prendra pas la relève et le peu que nous faisons sur cette zone est très important à moyen et long terme.

Rencontre aussi avec le chef du service communal élevage d’Agadez, responsable aussi de la « clinique vétérinaire » et de l’abattoir. Idrissa Mahamadou nous lance un appel pour l’aider à moderniser ces bâtiments d’un autre âge. Nous faisons un petit reportage sur l’abattoir. Affaire à suivre.

Rencontre avec le responsable des artisans qui travaillent pour le grand couturier Hermès. Nous retrouvons chez lui les mêmes difficultés à un niveau bien différent. Rencontre avec une agence de voyages Taguelmoust Aventures, et débat sur la situation locale.

Rencontre avec le directeur du village artisanal, qui est aussi notre logeur, et longues discussions sur nos difficultés. Et toujours la même réponse : n’arrêtez pas, soyez persévérants, ne vous découragez pas.

Nous achetons quelques bijoux pour l’association.

Rencontre avec Les Petites Sœurs de Jésus, religieuses qui fêtent cette année leur 50e anniversaire au Niger.

Rencontre aussi pour la première fois avec le Sultan d’Agadez.

Avant de repartir à Niamey, nous organisons une deuxième expédition surprise à Sikerat pour vérifier la présence des enfants et pour leurs apporter des vivres que nous avons achetés directement sur le marché : 100 kl de riz (13000 cfa le sac),50 kl de niébé (9000 cfa le sac) ,20litres d’huile (14500 cfa), 50 kl de sucre (16000 cfa).

À Niamey, nous avons rencontré Yssiad Ag Kato à qui j’ai expliqué en termes non diplomatiques la situation.

Yssiad sera à Agadez en fin du mois de janvier et m’a promis de passer dans les écoles pour essayer de régler les problèmes. Yssiad est d’autant plus intéressé que sa famille est installée dans cette région. Attendons son compte rendu pour voir.

Nous avons longuement parlé avec Monsieur le Conseiller auprès du Président de la République Mohamed Ag Anacko. Même conclusion : soyez patients, réalisez que vous travaillez dans un des pays les plus pauvres du monde, avec une population totalement analphabète, qui ne comprend pas pourquoi vous voulez envoyer leurs enfants à l’école.

Quant  à la situation sur le nord Niger, c’est relativement tendu : durant notre court séjour 3 Italiens sautent sur des mines à la passe d’Orida le 5 janvier, des voitures de projets volées (GTZ), vers le Ténéré  des Français dépouillés, une femme violée et son mari tabassé le 13 janvier au lieu dit ‘l’arbre perdu’ à 150klm à l’ouest de Chirfa, une voiture des Emirats Arabes chassant dans l’Ighazer, volée…   .Il ne se passe pas trois jours sans apprendre que des bandits traînent dans le Nord. Et avec tout cela les Libyens s’installent partout, prêts à acheter tout le nord Niger, dès que l’occasion se présentera. Le projet de décentralisation contenu dans les accords de paix est long à mettre en place. Les élections auront-elles lieu ? 

Aujourd’hui, je ne sais quel sera l’avenir de notre association E.O.T, mais en attendant, j’espère que vous aurez la chance un jour de partir vers Sikerat ou Anou N’Agarof.

Nous sommes en début d’année 2003, si vous avez toujours envie de soutenir les enfants Touaregs de la brousse, des campements nomades, sachez que cela ne pourra continuer que grâce à votre aide financière et à votre soutien moral. Je compte sur vous, les enfants comptent sur vous.

 

Bonne et heureuse année 2003.

 

Bona annada e plan granada per aquel an 2003.

                                                                                   

 

                                                                                     Jean-Marc PELLET

 

 

 

 

 

 

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