PNO
Pour
une Occitanie
fédérale et démocratique
LIBERTÉ POUR L’OCCITANIE
(manifeste PNO, version française)
Le
Parti Nationaliste Occitan (P.N.O.) a été fondé à Nice en 1959 par François
Fontan dans un contexte bien précis : l'Etat français se préparait, avec à
sa tête le Général De Gaulle, à assumer
l'inévitable décolonisation de l'Algérie. Le partage du monde en deux blocs
commençait à se fissurer. Les peuples sans Etat, tel le peuple occitan, pouvaient
enfin envisager de relever la tête. Depuis, le contexte international a beaucoup
changé. De nouvelles perspectives se font jour. Plus de 40 ans après, il est
important de faire le point et d’expliquer nos objectifs afin de couper court
aux élucubrations fantaisistes de tous ceux qui n’ont pas eu le courage à
ce jour de rejoindre notre parti ou qui l’ont quitté pour n’avoir pas compris
sa raison d’être et son évolution.
Ce
qui a changé dans le monde, c’est évidemment la fin du mirage communiste.
Il régnait sur une grande partie de la planète et il s’est effondré au profit
du libéralisme démocratique.
Ce
qui a changé, c’est l’organisation de l’Europe qui n’est plus la simple entente
allemande et française sous hégémonie anglo-américaine des débuts. Celle-ci
ne laissait à peu près aucune place
aux autres nations d’Europe, en particulier aux
nations sans Etat . L’Europe s’est élargie , et elle s’est , en quelque
sorte , fédéralisée. L’entrée prochaine de nouveaux Etat des anciens pays
de l’Est devrait contribuer à renforcer ce caractère fédéral, à tel point
que les régions occitanes d’aujourd’hui peuvent sérieusement prétendre jouer un rôle non négligeable dans
cette nouvelle Europe. En conséquence, les critiques que Fontan a pu opposer
à une construction européennecentralisée n’ont
à peu près plus de raisons d’être. Le parti nationaliste occitan opte
clairement aujourd’hui pour une Europe
fédérale qui soit celle des peuples et non plus
celles des vieux Etat impériaux. C’est là, peut-être, le plus important
des changements que le Parti Nationaliste Occitan ait été amené à opérer dans
sa stratégie pour l’indépendance. L’indépendance que nous proposons s’articule
avec une nouvelle construction européenne décentralisée et élargie. Pour résumer,
nous demandons un siège à Bruxelles
au même titre que toutes les nations d’Europe. Ce qui a changé dans le monde, c’est l'apparition de nouveaux
conflits de civilisation en particulier entre intégristes musulmans et démocrates
occidentaux. L’Occitanie étant largement méditerranéenne, nous sommes aux
confins du monde occidental et du monde dit musulman. La présence sur notre
territoire d’une importante émigration maghrébine en voie d’intégration et
l’attachement des populations, souvent venus de pays voisins, aux
traditions chrétiennes impliquent de notre part un esprit d’ouverture
et de tolérance. Cela implique de notre part la condamnation de toute forme
d’intégrisme.
Ce
qui a changé plus précisément pour nous, c’est l’organisation régionale de
l’Etat français. Depuis les lois de
régionalisations de 1981, dites lois Deferre, des conseillers régionaux sont
maintenant élues au suffrage universel. Ce nouveau pouvoir démocratique oblige
et obligera de plus en plus l’Etat parisien à déléguer des responsabilités
aux régions occitanes. Tout se passe comme si l’Etat français voulait se réorganiser
sur des bases régionales comme pour prévoir et éviter la montée des nationalismes
corse, catalan, basque, breton, flamand, alsacien et occitans, sans parler
des peuples d’outre-mer qui supportent de moins en moins l’hégémonisme français.
En un sens, l’Etat parisien nous coupe l’herbe sous les pieds. Beaucoup d’occitans,
parmi nos élus semblent satisfaits par ces demi-mesures. Mais en même temps,
la question occitane est par là indirectement reconnue. Le nationalisme occitan
tend à devenir une question d’Etat.
Ce
qui a changé en conséquence, c’est la situation économique et culturelle de
l’Occitanie. L’Occitanie n’est plus le désert français des années 50. Elle
est devenue un ensemble de régions en voie de développement. Parallèlement les réalités culturelles de l’Occitanie ont
pris du corps. La langue d’oc a gagné
en conscience ce qu’elle a perdu en pratique familiale inconsciente. Même
s’il y a moins d’Occitans et d’Occitanes qui parlent la langue au quotidien,
il y a de plus en plus de réalisations culturelles qui appellent à sa survie
: calandretas (écoles d’immersion en langue d’Oc), classes bilingues dans
l’enseignement public, groupes musicaux ou de théâtre, cours de langue, publications
de journaux, ouvrages sur la langue d'Oc et en langue d'Oc se multiplient...
En un mot l'occitanisme s'est démocratisé.
Le
Parti nationaliste occitan est devenu la partie visible d’un ice-berg constitué
par des réalisations innombrables. Il s’en inspire bien sûr, mais surtout
par sa seule existence il les valorise en leur donnant du sens. Le Parti Nationaliste
occitan n'est plus la pensée d'un seul homme. Bien que la pensée ethniste
de François Fontan reste pour nous essentielle, le Parti Nationaliste Occitan
est le lieu de convergence de tout un groupe d'hommes et de femmes engagés
dans la société occitane qui se construit. Conscients de tous ces changements,
il convient de préciser les conditions minima pour adhérer au parti nationaliste
occitan.
I. Reconnaître l’ensemble linguistique occitan en tant que langue nationale.
La
langue d’oc n’est pas une simple réalité culturelle coupée des réalités économique
et politique. Elle est, dans toutes ses variantes, l’indice d’une réalité
nationale originale. Toute langue est l’élément le plus concret et le plus
évident de tout un ensemble constitué par une histoire, une géographie, une
économie, une façon de vivre. Chaque langue recouvre une civilisation spécifique
à la fois très complexe, et originale.
La langue occitane en particulier, illustrée par les nombreux écrits des troubadours,
a rayonné sur toute l’Europe. Elle ne peut cependant être confondue avec ses
voisines d’origine latine : italienne, espagnole, catalane et encore
moins française. Elle est unique et en même temps très diverse. Chacune de
ses composantes provençale, languedocienne, gasconne, auvergnate, vivaro-alpine
ou guyennaise doit être reconnue comme également digne.
Face
à la domination sans cesse croissante de la langue française, il convient
d’opposer une revendication linguistique à la fois unie et fédérale sans aucune
prétention hégémonique de l’un de ses dialectes. Cela implique le respect
des habitudes en matière d’orthographe et de grammaire tout en recherchant
ce qui unit. En nous engageant dans le parti nationaliste occitan, nous devons
être aux côtés de tous ceux qui entendent illustrer et donner vie à la culture
occitane , en particulier nos artistes et nos écrivains.
Nous
sommes aux côtés du Félibrige, la principale organisation culturelle des pays
d’Oc par le nombre de ses militants et la qualité de ses écrivains. Le Félibrige, fondé par le
provençal Frédéric Mistral en 1855 fut le premier grand mouvement national
moderne des pays d’oc. Il l’est toujours. Nous sommes aux côtés de l’Institut
d’Etudes Occitanes (I.E.O.) lorsqu’il met en valeur, par exemple, le plus
nationaliste de nos écrivains, le rouergat Joan Boudou.
Nous
sommes aux côtés de tous ceux qui, inorganisés, les plus nombreux, animent bénévolement des cercles de langue d’oc dans
nos villages et dans les quartiers de nos grandes villes. Il n’est pas indispensable pour adhérer au
parti nationaliste occitan de parler couramment
un des parlers d’Oc. L’important à ce sujet est d’avoir une attitude
positive et de s’engager à apprendre la langue lorsque les conditions médiatiques
et les conditions d’enseignement le permettront. Admettons simplement que la langue d’Oc est
l’indice fondamental de notre nation. La majorité des occitans parlant surtout
français, c’est délibérément en français que nous devons chercher à les convaincre,
sans négliger pour cela toute expression occitane lorsque cela est possible.
II. Etre à la fois nationalistes et internationalistes.
Toute
langue vivante, toujours parlée ou récemment parlée, est l’indice de l’existence
d’une nation. Comme l’a écrit Fontan : “chaque langue permet de déterminer
l’existence et les limites de chaque nation dans le monde “ . La langue est
le seul vrai critère distinctif d’une nation. Cette définition de la nation
relève d’une vision nouvelle qui a pour nom l’ethnisme ou nationalisme scientifique.
Elle consiste à revendiquer l’indépendance et la coopération sans cesse croissante
entre nations ainsi définies.
En
conséquence les nationalistes occitans sont aux côtés de tous ceux qui revendiquent
l’indépendance et l’unité de leur nation sur des bases linguistiques. Nous
n’entendons pas mener ce combat à la place des autres, mais nous devons nous
inspirer de leur combat. C’est en ce sens que nous sommes internationalistes.
Nous nous inspirons de l’exemple catalan, basque, gallois, écossais, québécois,
comme de l’exemple israélien ainsi que de toutes les nations qui arrivent
à conjuguer indépendance et démocratie. Nous nous inscrivons dans cette évolution
du monde qui consiste à mettre fin à l’hégémonie de quelques grandes civilisations
au profit des quelques 200 grandes nations qui composent l’humanité. En proposant
des solutions aux affrontement entre peuples , nous faisons œuvre de paix
et d’humanisme. Le progrès auquel nous croyons, c’est celui fondé sur le respect
de toutes les nations et sur la coopération sans cesse croissante entre nations
indépendantes.
Face
à l’intégrisme musulman qui menace aujourd’hui tous les peuples du monde,
il faut d’abord préciser que nous sommes
opposés à toute définition uniquement religieuse
de la nation. Il n’y a peut-être pas de peuples sans religion, mais la religion
ne suffit pas à déterminer une nation. La religion n’en est qu’une des composante.
L’Occitanie à travers son histoire a trop souffert de intolérances religieuses
pour que nous n’ayons pas notre mot à dire à ce sujet. Si nous devons respecter
l’islam en tant que religion, nous rejetons toute idée d'intégrisme islamique.
Cela signifie que nous devons tisser des liens de coopération avec toutes
les nations qui ont adopté l’islam et qui sont victimes de l’impérialisme
arabe (berbères et kurdes par exemple). Nous devons tisser des liens avec
tous les autres peuples menacés par l’impérialisme arabe (Israélien, coptes
ou araméens par exemple). De la même façon, nous ne devons tisser de nouveaux
liens avec les forces politiques arabes qui n’ont pas de visées impériales.
D'autre
part face à l'hégémonisme anglo-américain dont la puissance économique et
culturelle tend à s'imposer en Occitanie comme partout dans le monde, nous
ne devons pas nous laisser illusionner par les mirages de son hyper-puissance
en restant dans l'expectative. Nous savons que le "melting pot"
qui s'est réalisé aux Etats Unis a ses limites et qu'il est menacé, à long
terme, d'éclatement. Cependant, à ce jour, les Etats- Unis permettent à chacune
de leurs composantes ethniques une relative liberté d'organisation. Le fait
qu'ils aient adopté un système fédéral de gouvernement
laissent prévoir d'importantes possibilités d'expression pour chacun
des peuples qui les composent. En exportant ou en imposant leurs princioes
démocratiques et libéraux à travers le monde, ils peuvent limiter les méfaits
des "jacobinismes" d'Etat négateurs des droits des peuples. Cette
mission démocratique laisse prévoir d'importants chocs de civilisation. Le
développement des mouvements de libération nationaux sur des bases culturelles
et démocratiques est un moyen de prévenir les conflits ou du moins d'en atténuer les effets.
Face
à ces nouvelles données de l'histoire, le nationalisme occitan peut jouer
un rôle non négligeable en se donnant en exemple et en proposant des solutions
aux conflits ethniques qui semblent
inévitables. C'est en ce sens que notre nationalisme peut être réellement humaniste.
III. Donner à l'Occitanie les moyens de son indépendance.
1. Par la constitution d’une majorité sociologique.
De
par son histoire et sa dimension culturelle, le peuple occitan est profondément
attaché aux valeurs démocratiques et c’est par des voies démocratiques que
nous entendons obtenir son indépendance. Cela signifie qu’il est indispensable
que se dégage en son sein une majorité sociologique en faveur de sa libération.
Cela ne peut se faire que par un front de classes nationales, à savoir une
entente entre salariés, petits propriétaires, dirigeants d’entreprises et
ce qu’il faut bien appeler nos nouveaux dirigeants en “col blanc “ (fonctionnaires
régionaux ou techniciens de haut niveau). C’est par intérêt sociologique et
économique, peut-être plus que par intérêt culturel qu’une majorité d’occitans
peut s’engager en faveur de la libération de l’Occitanie.
L’occitanisme
peut être facteur de progrès pour les dirigeants d’entreprise et leurs salariés
dans la mesure où ils se libéreront ainsi
d’une bureaucratie parisienne devenue trop pesante voire inutile.
Les
petits propriétaires occitans (agriculteurs, artisans et commerçants) accablés
par les charges d’Etat y verront un moyen de diminution considérables de leurs
charges. Les fonctionnaires régionaux verront dans la montée en puissance
des régions occitanes d’importants débouchés pour leurs compétences. Ce front
du monde du travail aura pour conséquence un nouveau développement économique
qui d’ailleurs a déjà commencé avec la régionalisation.
2. Par une régionalisation accrue.
L’indépendance
de l’Occitanie telle que nous l’envisageons ne se fera probablement pas de
façon brutale, elle se fera forcément par étapes, par délégation progressives
de pouvoirs de l’Etat parisien vers les régions occitanes. Même si nous jugeons
chaque étape insuffisante, nous devrons l’appouver. La situation dans laquelle
nous sommes, celle d’un pays semi-colonisé au coeur de l’Europe du Sud ne
nous permettra pas de pratiquer la politique du tout ou rien.
Notre
action de ne peut être que pragmatique. C’est donc sur les conditions préalables
de l’indépendance que nous devons porter nos efforts. Les modèles écossais,
québécois, et surtout catalan, bien que nos situations soient très différentes
nous serviront de fil conducteur.
3. Par un nationalisme occitan régionalisé et fédérateur.
Même
si nous contestons les découpages régionaux actuels de l’Occitanie en six
régions programmes (Provence, Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Limousin, Auvergne
et surtout Rhône-Alpes qui minorise les départements occitans de Drôme et
d’Ardèche), nous envisageons de constituer un pouvoir occitan au sein de ces
régions. Notre combat ne peut être que régionalisé. La taille de l’Occitanie
nous y oblige. Rappelons que l’Occitanie de par sa surface et le nombre de
ses habitants est la plus grande nation colonisée d’Europe. Chacune de nos
régions devant devenir peu à peu maîtresse elle même, ne pourra fonctionner
en vase clos. Une coopération entre régions occitanes deviendra vite indispensable,
nous y aiderons de toutes nos forces. C’est donc vers une fédération occitane
de régions autonomes que nous engageons à l’avenir et c’est cette fédération
qui deviendra l’Occitanie de demain. Une
telle fédération d’Occitanie pourra ainsi entrer de plein pied en tant que
telle dans la confédération européenne en construction.
Telle
est l’indépendance que tout militant nationaliste occitan peut enfin sérieusement
envisager. Une indépendance, à l’opposé de toute autarcie, qui nous donnera
la possibilité d’échanger avec toutes les nations d’Europe et du monde sans
passer par les sempiternels diktats parisiens. Une indépendance qui se fera
le plus démocratiquement du monde. Une indépendance réelle très concrète qui
aura pour but l’amélioration du niveau
de vie des occitans d’origine, mais aussi de tous les occitans d’adoption qui
voudront bien partager notre destin économique, culturel et politique. Unissons-nous
pour construire un pays, l’Occitanie, un pays qui ne demande qu'à vivre. Tour
à tour accusée d’être fasciste par les uns, gauchiste par d’autres, la pensée
de François Fontan sur laquelle repose, pour une grande part, le PNO, ne saurait
être réduite à aucun des courants de pensée qui dominent les idéologies de
droite et de gauche. La pensée du PNO est une pensée nouvelle fondée sur une
critique du faux nationalisme de droite, une critique radicale du marxisme,
ainsi que sur une critique positive de la pensée psychanalytique. Pour résumer, disons
que le PNO relève d’une pensée transversale par rapport à toutes les idéologies
qui l’ont précédé.
Jaume RESSAIRE (2003)