Principauté de Monaco et Pays d'Oc entre douleur et espoir
1949-2005 : bilan de règne de Rainier III
Ces années ont vu le développement durable de l’Etat monégasque aussi bien au niveau de ses infrastructures qu’au niveau de ses institutions. Tout cela est dû à un prince avisé, prince visionnaire, le prince Rainier III de Monaco, avant tout « prince du sud ».
Ne l’oublions pas, il appartient à une grande famille qui a travers ses branches a régné notamment de manière importante dans les Pays d’Oc en tant que marquis de Cagnes et d’Antibes, comtes de Puget-Théniers, comtes de Beuil (Alpes-Maritimes), seigneurs de Grimaud (Var), de Régusse (Bouches-du-Rhône), comtes de Meyronnes et Larche (Alpes de Haute Provence), seigneurs de Costigliole de Saluces et les Grimaldi qui règnent encore, dont il s’agit ici, les princes de Monaco, ducs du Valentinois, comtes du Carladès (Auvergne), barons de Calvinet (Auvergne), barons de Buis-les-Baronnies, seigneurs de Saint-Rémy-de-Provence, pour le prince marquis des Baux-de-Provence… entre autre parmi leurs premiers titres.
Les titres ne sont plus qu’honorifiques mais le symbole reste.
L’histoire en gardera avant tout un prince bâtisseur, beaucoup plus présent dans la principauté en 56 ans de règne que ses immédiats prédécesseurs. Un grand nationaliste au service de la souveraineté de son pays. Il a su réviser les traités internationaux de dépendance militaire de 1918 liant Monaco à l’Etat Français pour les questions de défense et la mise sous tutelle administrative française de 1930. Il a su donner à Monaco la reconnaissance internationale grâce à des réformes comme la révision constitutionnelle de 2002 et l’intégration comme 183e Etat au sein de l’Organisation des Nations Unies en 1993 et au Conseil de l’Europe en 2004.
Autre évolution notable, concernant les élites monégasques, le Prince choisi librement le Ministre d'État (ressortissant national ou auparavant haut fonctionnaire français) qui est la deuxième autorité du pays. En tant que président du Conseil de Gouvernement, le Ministre est chargé de l'administration du Pays et dispose, à cet effet, des services exécutifs de l'État.
Il aura su laisser au Conseil National et à la pluralité politique le soin d’émerger comme garantie de démocratie locale.
C’est avec douleur que nous avons appris sa mort et que nous partagerons les peines des 35 000 monégasques qu’ils soient 7 500 nationaux ou, les « enfants du pays » la plupart d’origine occitane. (chiffres du Ministère d’Etat 2004).
L’état monégasque a permis le bien-être de tous ses habitants. De plus l’état monégasque rayonne en Occitanie par ses relations étroites avec l’est du Comté de Nice.
Du point de vue économique, les activités monégasques (industrie spécialisées et de pointe, tertiaire : banques, informatique, hôtellerie, services) font que le bassin de population et de vie dépendant de Monaco dépasse largement les limites de la Principauté. Monaco emploie beaucoup de citoyens non monégasques.
Le bassin économique et humain monégasque fourni 42 000 emplois dans tout l’est de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les habitants de la Turbie, Cap d’Ail, Beausoleil sont intégrés directement à l’aire humaine de Monaco, les liens sont forts avec la région mentonnaise, et cela touche tous les occitans du département des Alpes-Maritimes travaillant à Monaco. Ils sont le sang de l’Etat monégasque, sans compter les frontaliers italiens et ressortissant de diverses nationalités qui apportent à Monaco une riche diversité.
Monaco a des liens de complémentarité avec l’Occitanie.
Monaco est un état qui joue un rôle de fer de lance à la manière d’Andorre pour la Catalogne, Lichenstein pour la Suisse, comme Singapour pour l’Indonésie, ou Hongkong pour la Chine, la Val d’Aran (administrée par la Catalogne) pour l’Occitanie et a des semblances avec des Etats inalpins prospères comme la République des Escartons, le Marquisat de Saluces.
Le lien filial entre la Principauté et les autres terres d’Oc s’illustre par l’ancienne appartenance de Roquebrune et de Menton à la principauté avant 1860. De plus les liens entre communautés occitane et figoune d’Occitanie (figoun désigne les habitants originaires de la région Ligùria en Italie) ont toujours étés forts et indissolubles à l’orient des terres d’Oc comme les occitans "faidits" (exilés occitans qui se sont réfugiés en Italie ou en Espagne) ont pu le connaître au Piémont et en Ligurie.
Il aura permis aussi à la culture monégasque de s’exprimer grâce à la mise en valeur de Luis Nutari, de Jorgi Franzi qui ont tant œuvré pour Monaco.
Il aura permis la création de l’Académie des Langues Dialectales de Monaco.
Il a permis à la culture d’Oc de s’exprimer à travers la célébration par le Félibrige de la Sant’Estello de 1977 à Monaco marquant l’ancrage territorial et le poids de la Principauté dans les Pays d’Oc et dans l’Europe latino-méditerranéenne.
L’instauration du monégasque comme langue officielle a permis l’enseignement obligatoire du monégasque dans l’éducation nationale et sa visibilité symbolique dans la société à travers quelques noms de rue. Les « enfants du pays », partie importante de l’état monégasque, fidèles depuis toujours à ses princes -parlant chacun la langue d’Oc que ce soit roquebrunasque, mentonasque, turbiasque - s’ils bénéficiaient eux aussi d’une reconnaissance linguistique aussi symbolique soit-elle de la langue d’Oc, permettrait enfin la reconnaissance officielle de cette langue qui a toujours vécu en symbiose avec le monégasque en principauté mais a été durement réprimée en France.
Pour nous occitans, de l’ancienne principauté de Monaco de Menton et Roquebrune, du Comté de Nice ou de Provence, Monaco est un modèle de résistance à l’impérialisme français qui a souvent tenté de récupérer ou qui a tenté de dénigrer cet état. Parler de relations franco-monégasque sans passer par l’Occitanie est un mensonge. Cela contribue a renforcer la condescendance française. Tout en respectant ses spécificités et la nation monégasque, nous souhaitons renforcer ce symbole d’émancipation et de liberté. Nous lui rendons hommage car il nous montre la voie.
Vu de Paris, demander l’indépendance de l’Occitanie est ridicule, mais ce prince nous montre que cela est même possible avec 2 kilomètres carrés. L’Etat monégasque constitue un territoire semblable à la Côte d’Azur voisine qui se gère par lui même, donc indépendant. C’est une véritable démocratie de terrain.
Rainier III est un prince qui va nous manquer, prince avant
tout proche de ses habitants, prince qui a fait que nos grands-parents -qui
ne sont pourtant pas nationaux- ont toujours parlé avec respect de la
principauté, parce que le prince Rainier III de Monaco était avant
tout leur prince du Sud, un grand homme pour nos Pays d’Oc. Occitans,
nous sommes tous orphelins.
Souhaitons à Albert II de Monaco de régner dans ce XXIème
siècle guidé par de nobles conseils pour la prospérité
de la nation monégasque, là où le soleil d’Occitanie
se lève.
PNO- Nissa, le 13/04/2005