Confédération pour les Pays
d’Òc
Félibrée
de Périgueux, festival de Siros, grande fête de
l'identité provençale à Arles. Des signes qui ne trompent pas : l'identité
«méridionale» relève la tête. Nous sommes en présence d'une nouvelle conscience
identitaire autour de la Langue d'Oc qui devient massive, incontournable. Ces
rassemblements n'ont bien sûr aucune prétention politique. Leurs dirigeants se
défendent d'être autonomistes ou séparatistes (1). Tout au plus une pensée
fédéraliste héritée de Frédéric Mistral est esquissée dans le discours des
organisateurs. Du fédéralisme fortement teinté d'européisme. Nous sommes loin
de la pensée indépendantiste du Parti de la Nation
Occitane, encore plus de l'internationalisme ethniste,
bien que Li Nouvello de Prouvènço
ne manquent pas une occasion de signaler leur soutien à la culture berbère
ou corse par exemple. On se souvient aussi de Prouvènço
d'aro qui titrait au moment des accords Rocard
sur la Nouvelle Calédonie: "Nous sommes tous des Canaques". Des
propos qui parurent quelque peu exagérés dans le petit monde du Félibrige. Ces
mouvements identitaires ont ceci de commun qu’ils sont enracinés dans leur
région et n'en sortent pas. Siros en Aquitaine,
Périgueux aux portes du Limousin, le Collectif Provence fort de ses
5.000 adhérents en pays rhodanien.
Les occitanistes de l’Institut d'Etudes
Occitanes, et leurs proches, ne s'y trompent pas, Drapeau frappé de la
Croix du Languedoc au poing, ils ne manquent pas une occasion de diaboliser les
mistraliens de IUnioun Prouvençalo
que dirige Henri Féraud et Jean Claude Roux. Le Collectif Provence est
l'enfant de ces derniers. Les "Languedociens" ne prononcent plus le
nom de "provençaux", ils ne parlent que de "fondementalistes".
C’est la guerre. On pourrait se contenter d'en rire si l'avenir de la langue
d'oc n'était pas en jeu. Quelle peut être la position des nationalistes
occitans dans ce conflit. La pire des attitudes serait de passer outre, de faire
comme si de rien n'était ou de choisir un des deux camps en attendant que
l'autre disparaisse. S'il y a conflit et que celui-ci dure et s'envenime, c'est
qu’il y a des raisons et des torts des deux côtés. li
faut se dire que nous ne sommes pas condamnés à vivre indéfiniment avec ce
conflit en tête. Toute guerre a
une
fin. La paix est inévitable et elle implique toujours des compromis.
Quelles
solutions?
Si, en
1959, François Fontan éprouva le besoin de créer le
Parti Nationaliste Occitan, ce fut sous l'impulsion de l'actualité
internationale et non pas sous la poussée des mouvements internes à
l'Occitanie. Ils étaient quasi-inexistants sur le terrain politique, Au
Félibrige comme à l'Institut d'Etudes Occitanes, on
n'était pas encore remis de l'échec du maurrassisme, Vue de l'extérieur, la
rupture avec un monde culturel impuissant parce que traumatisé était
indispensable. L'idée occitane devait s'engager dans la voie de l'unification
pour être reconnue par les grandes puissances. Ainsi Fontan
s'engagea dans la voie de l'unification politique et linguistique. C'était ne
pas tenir compte des résistances régionales qui ne manquèrent pas de se
manifester du coté mistralien avec l'Astrado de
Louis Bayle comme du coté languedocien. Tous les mouvements qui se sont
constitués contre le Parti Nationaliste Occitan sont nés de cette résistance,
que ce soit les Comités Occitans d'Etudes et
d'Action, Lutte Occitane, Volèm Viure
AI País ou plus récemment le Parti Occitan que dirige
aujourd'hui Gustave Alirol. Il faut dire que les
partis parisiens n'ont pas manqué de soutenir leur antinationalisme par
le jeu subtil des subventions culturelles.
Conscient
de cette opposition «régionaliste», Fontan se demanda
s'il ne fallait pas changer d'optique et s'engager dans la voie d'une Occitanie
indépendante, non plus centralisée, mais fédérale, Installé en Occitanie alpine
sous domination italienne, iI aurait bien pu, comme iI aimait à dire, se contenter de créer une section du PNO. Au lieu de cela, iI eut
l'habileté de fonder un mouvement spécifique pour les 13 Vallées Occitanes d'au
delà des Alpes. 11 fonda le Mouvement Autonomiste Occitan (Movimento
Autonomista Occitano). Sur la fin de sa vie, iI envisagea de s'installer dans le Rouergue pour y fonder
le Mouvement pour une Région Guyenne qui d'Alès à Agen, d'Albi à
Aurillac correspond à ce que ses ennemis de l'Institut d'Etudes
Occitanes nomment le Nord-Languedoc. C'était une
façon de reconnaître l'échec du pan-occitanisme de
ses débuts. C'était aussi la prémonition de l'importance qu'allait avoir après
sa mort en 1979, les Iois de Régionalisation de 1982. Ces lois vinrent changer
la donne. Elles se sont imposées en étant le seul cadre officiel possible de
conquête du pouvoir. Elles offrirent enfin une perspective crédible aux
mouvements culturels régionaux qui n'ont jamais autant obtenu de subventions
qu'aujourd'hui.
D’importantes
réalisations s'en sont suivies : CIRDOC à Béziers, Institut Occitan à Pau, CIEL
d'Oc à Aix, écoles Calandretas, etc. L'identité est
enfin financée, il est évident que de nombreux militants submergés par une
telle manne inespérée s'en contentent et n'ont qu'une ambition, sa
pérennisation. Mais le fait est que l'usage de la langue recule et que la
colonisation démographique, culturelle et politique progresse. L'identité est
de plus en plus menacée. On a l'impression que la mort n'est que retardée. D'ou
les grandes manifestations identitaires qui se font jour. On peut penser que
les organisateurs de ces manifestations sentiront bientôt la nécessité d'une
radicalisation politique et ne se contenteront pas d'être d'éternels
quémandeurs. Ils savent que seuls des pouvoirs d'Etat,
tels ceux d'Israël qui a su rénover l'usage de l'hébreu, peuvent éviter la
disparition pure et simple de la culture d'oc. L'environnement international y
est favorable, l'Europe y pousse, la déliquescence du jacobinisme parisien
aussi. Chaque région- programme d'Occitanie commence à s'engager dans la voie
de plus d'autonomie et donc, au bout du compte pourquoi pas l'indépendance.
L'enjeu occitan est devenu une affaire d'Etat.
Cependant,
la conscience régionale étant très inégale, les rapports de force jouant au cas
par cas, iI est fortement prévisible que certaines
régions seront plus en avance que d'autres dans la voie de l'autonomie. Le
décalage existant entre les ethnies de l'hexagone peut tout à fait se
reproduire entre les régions occitanes. Nous aurons, peut-être, une autonomie
provençale avant une autonomie limousine ou auvergnate et ce n'est qu'après une
libération de toutes nos régions d'oc que nous pourrons fédérer les nouvelles
identités «méridionales». J'ose à peine dire occitanes tant les centralistes
occitans sont loin d'accepter ce processus d'éclatement. A l'idée
d'indépendance par étapes, il faudra peut être substituer l'indépendance région
par région, d'ou la nécessité, pour l'heure, de prêter la plus grande attention
à des initiatives comme celle du Collectif Provence en pariant sur sa
radicalisation.
J. Ressaire, président du PNO le 24 septembre 2001 (Gard)
Article
paru dans Lo Lugarn
n° 75, estiu-auton de 2001
(1) Cf.
Li Nouvello de Prouvènço,
n°91, août 2001