François Fontan (1929-1979), d’origine occitane (gasconne), fut le théoricien de l'"ethnisme’ dit aussi ‘humanisme scientifique’. Cette pensée politique accorde un rôle historique fondamental aux ethnies, regroupements humains distingués principalement par leur particularité linguistique.
Ayant élaboré cette théorie au cours des années 1950, Fontan publie, en 1961, à compte d’auteur, "Ethnisme. Vers un nationalisme humaniste", son ouvrage de base. Celui-ci trouve rapidement un écho auprès de régionalistes, fédéralistes et autres partisans des minorités nationales d’Europe occidentale.
Guy Héraud entre en contact avec Fontan après la lecture d’"Ethnisme..." Né en 1920, enseignant le droit à l’université de Strasbourg, il est, lui aussi, d’origine occitane (provençale) et favorable à une ‘ethnopolitique’. D’emblée, les deux hommes sont, pour l’essentiel, sur la même longueur d’onde. La libération des ethnies du monde est désormais, leur cheval de bataille commun.
Mais une divergence fondamentale les oppose sur les moyens à mettre en oeuvre pour que les ethnies accèdent au plein épanouissement de leur personnalité nationale. Fontan croit que ce progrès passe par l’indépendance totale de chaque ethnie qui entretiendrait un maximum de relations avec les autres. Héraud pense, lui, que l’émancipation de chacune sera favorisée par l’association avec d’autres ethnies au sein d’une structure fédérale supra-étatique, seule capable d’endiguer les tendances néfastes des nationalismes.
Avec l’information sur les ethnies, la discussion des frontières et les avancées des mouvements nationalitaires, c’est ce débat qui assurera la dynamique de la correspondance entre Héraud et Fontan.
Cette correspondance, est livrée Ici, dans toute son originalité. Une centaine de lettres de Guy Héraud sont confrontées à seulement une dizaine de missives de François Fontan. Ce déséquilibre est dû au fait que les courriers de Fontan se trouvent présentement dispersés dans les volumineuses archives du professeur Héraud. Celui-ci a bien voulu cependant m’autoriser à commencer cette publication. Il est entendu que les lettres que le professeur viendrait à retrouver dans ses papiers seront insérées, le cas échéant, à leur place chronologique.
Cette correspondance s’échelonne de 1962 à 1979. Aux lettres originales émanant de Héraud, sauf une, photocopiée, font face les brouillons de Fontan, à une époque où son courrier était tapé à la machine (1966-1969).
Je remercie M. Guy Héraud pour ses encouragements et son précieux concours ainsi que Ben Vautier pour son soutien logistique.
Cet échange épistolaire éclairera sans doute d'un jour nouveau la génèse d'une idée politique éminemment pertinente et d’actualité. Témoignant d’une époque bien révolue, cette correspondanoe, quoique amicale, ne répugne pas à la confrontation des Idées. Elle est une pierre blanche dans le champ, qu’il conviendrait de labourer régulièrement, d’une histoire des mouvements nationalitaires à la fin du XXème siècle.
Conformément à la législation, toute reproduction partielle ou complète de cette correspondance en vue d’un usage public devra faire l’objet d’une autorisation préalable.
1962
Strasbourg, le 18.1.62, Guy Héraud à François
Fontan
Strasbourg, le 15.4.62, Guy Héraud à François
Fontan
Strasbourg, le 4.6.62, Guy Héraud à François
Fontan
Toulouse, le 16.8.62, Guy Héraud à François
Fontan
Strasbourg, le 26.11.62, Guy Héraud à François
Fontan
1963
Strasbourg, le 6.2.63, Guy Héraud à François
Fontan (nouveau)
Firenze, le 27.5.63, Guy Héraud à François
Fontan (nouveau)
Strasbourg, le 14.6.63, Guy Héraud à François
Fontan (nouveau)
Strasbourg, le 27.6.63, Guy Héraud à François
Fontan (nouveau)
Toulouse, le 24.8.63, Guy Héraud à François
Fontan (nouveau)
Fréjus, le 28.8.63, Guy Héraud à François
Fontan (nouveau)
Strasbourg, le 12.10.63, Guy Héraud à François
Fontan (nouveau)
Monsieur François Fontan,
Montpellier
Monsieur,
Un ami de Montpellier m’a signalé votre ouvrage "Ethnisme",
que j’ai commandé, reçu, et déjà lu. Il m’intéresse
extrêmement, car, bien qu’étant de formation juridique, j’ai
une prédilection pour les questions ethniques; je les enseigne d’ailleurs
en doctorat avec un cours "Les ethnies et le principe national", ainsi
qu’au Collège universitaire (fédéraliste) du Val d’Aoste
que des amis et moi avons fondé l’an dernier. Ce qui est exaltant
à vous lire, c’est de voir combien des esprits méditant sur
de mêmes problèmes finissent par découvrir exactement les
mêmes réalités. Jusqu’au tracé des frontières
ethniques, jusqu’aux noms que vous employez. Je les avais pour ainsi dire
pareillement proposés. Il n’y a que des différences minimes:
la part belle faite à la nation gaélique d’Irlande et à
la nation gaélique d’Ecosse (cela déborde largement le domaine
de l’erse), le cordon par lequel vous reliez, à hauteur de Salurn,
les Rhéto-Romans de Suisse à ceux du massif de Sella, et aux Frioulans.
Je n’aurais guère donné que "Bonifaciu" à
la Sardaigne, fait passer au dessus (altitude et non latitude) de Suse, c’est
à dire en deçà, la frontière italo-occitane. Je
me serais demandé s’il ne fallait pas faire une Allemagne du Nord
distincte de la Néerlande (car le sächsisch n’est pas le fränkisch,
fût-ce du niederfränkisch comme le néerlandais). Vous considérez
les Kachoubes comme éteints : peut-être avez-vous raison.
Je vous approuve de faire descendre l’Allemagne jusqu’à Gressonney
et Issime. Je pense que vous distinguez les Feroë de l’Islande. Faut-il
abandonner à la Finlande les quelques communes (dont une ville) monolingues
suédoises de la côte sud-occidentale ? (le même problème
qu’en Irlande)
Où malheureusement nous sommes en désaccord, ce n’est pas sur votre
"charte des ethnies" (excellente), mais sur votre antifédéralisme. Nous
n’arriverons pas à réaliser ce que vous me permettrez d’appeler "notre"
programme, sans une fédération, d’abord à 6, puis européenne, puis
mondiale. Seul l’homme sage, la société de saints pourrait se passer du
pouvoir politique. D’ailleurs ne le maintenez-vous pas dans chaque état
ethnique ? Comment alors assurer l’ordre, la justice et la paix entre
les ethnies ? Comment, sans fédération européenne, briser le carcan des
Etats actuels ? — En tout cas je suis de cœur pour le critère
linguistique (mais, si je puis dire, "subjectivisé" : il faut que les
populations, éduquées, se rendent compte de l’importance — comme cause,
ou comme signe — , de la langue, et occupent elles-mêmes ce critère).
Je crois pouvoir dire que nos buts sont les mêmes. Il y a donc espoir
que nous nous entendions aussi sur les moyens.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.
Guy Héraud
PS : J’ai signalé votre ouvrage à mes étudiants,
l’ai fait acheter par notre bibliothèque, et l’ai signalé
à la revue "Europa Ethnica" que vous devez connaître:
Wien (IX) Servitengasse 5 — (revue dont je suis co-éditeur) et également
au Prof. DAMI, 16 rue de l’Ecole de Médecine Genève, grand
spécialiste de ces questions.
Reste-t-il des Lives en Lettonie ? et des Tatars en Crimée (depuis la
"liquidation" de ceux-ci) ?
Ne faudrait-il pas rattacher à la "Circassie" (Tcherkessie)
l’ilôt des Adighés ? — Pourquoi la Bachkirie n’est
pas une ethnie ?
N’y a-t-il pas, entre Circassie et Ossétie, des Kabardo-Balkares
d’origine turco-tatare ?
Croyez-vous que les "Perses" du Daghestan le "soient plus que
les Ossètes" que vous traitez distinctement ? Ou est-ce à
cause de la liaison par mer à la Perse ?
Bravo de défendre les Kurdes!
Cher Monsieur,
Je vous remercie pour votre longue lettre circonstanciée du 16 avril
qui m’a beaucoup intéressé. Dirigeant cette semaine à
Grenoble — un stage fédéraliste, je trouve, loin de chez moi et
des sollicitations innombrables, le temps et le plaisir de vous répondre.
La position ethniste est forte ; mais nous sommes trop peu nombreux à
l’apercevoir. Il faudrait poser le problème en termes scientifiques,
parvenir à une démonstration scientifique des corrélations
langues-ethnotypes. Paul Griéger vient de frayer la voie à l’ethnopsychologie.
C’est là la direction.
J’ai remarqué quant à moi ceci :
On oppose la conception subjective et la conception objective de la nationalité
(division en "2"). Je proposerais une distinction en "3"
:
1 — critère objectif "physique" : histoire, race, position géographique, langue, etc.
2 — critère objectif psychologique : ethnotype
3 — critère subjectif : expression d’une certaine volonté d’appartenance.
Et je dirai que la profession d’ethnie (critère subjectif), qui
correspond aujourd'hui à un acte arbitraire, devrait être scientifiquement
motivée, c'est-à-dire s’effectuer en toute connaissance de
l’ethnotype (critère objectif psychologique). Autrement dit : un
peuple est ce qu’il est. Il ne peut pas modifier son ethnotype. Il est
mauvais en conséquence que par une arbitraire profession d’ethnie
(à base le plus souvent de complexes) Il se prenne pour ce qu’il
n’est pas et se rattache à une communauté qui n’est
pas, en nature, la sienne. Ainsi je revalorise le critère objectif (psycho-objectif).
Mais je maintiens que les peuples doivent se décider librement : librement,
mals informés. On verra alors le critère subjectif s’aligner
sur le psycho-objectif.
Quant aux rapports entre le critère 2 et le critère 1, nous sommes
d’accord — quoique cela mériterait d’amples échanges
de vue : c’est avec la langue que l’ethnotype coïncide le mieux
(cause, effet, corrélat ? ...c’est toute la question, mais cela
ne change rien à cette constatation). Toutes les fois qu’il y a
discordance entre langue et volonté, c’est dû, soit au défaut
d’information scientifique des populations, soit à l’existence
de situations privilégiées (les Suisses romands p. ex.), soit
au manque de courage des populations.
Cela dit, et concernant la France, l’action occitanlenne (merci pour
l’envoi de la documentation) me paraît presque désespérée. Tant
d’Occitans se font les agents de l’Etat jacobin français ! Lesfargues a
publié une intéressante note sur ce phénomène de colonisation. Trop peu
d’Occitans parlent encore les dialectes. Et il manque une langue. Je
sais qu’on y travaille. Mais je maintiens catégoriquement — et je
m’excuse d’insister — que nous n’arriverons à rien sans la fédération
européenne. Il n’y a qu’un pouvoir supranational qui puisse détendre
l’extrême centralisation actuelle, et porter secours, par-dessus i’Etat
de la nation dominante aux nations dominées.
Que le fédéralisme vous semble, par ailleurs, présenter
des dangers, c’est un autre problème. Le point de vue économique
est aussi important que le premier (l’ethnique). Cependant je ne crois
pas que les périls que vous signalez soient liés au fédéralisme
: les trusts germano-américains ? Sans fédéralisme, nous
les supporterons aussi. La fédération, au contraire, assurera
un contrôle démocratique, qui fait défaut aux Communautés
technocratiques actuelles. Et c’est en affrontant le dynamisme étranger
que se réveilleront — et se réveillent déjà — nos
économies en torpeur.
D’autre part nous ne sommes pas simplement "fédéralistes",
mais fédéralistes Intégraux. L’étude scientifique
montre ici aussi qu’il existe une "économie pour l’homme",
fondée sur l’étude de la psychologie véritable dont
le libéralIsme et le marxisme ne constituent que des cas particuliers
(doctrines fondées sur des postulats homo economicus p. ex. ou conception
ouvriériste de la valeur "travail"). Selon les stades de l’évolution,
le planisme et la libre initiative, ou un mélange des deux, apparaissent
successivement répondre au mieux aux situations (Investissements, stimulation,
personnel, consommation, etc.). Le fédéralisme intégral,
qu’on pourrait aussi bien appeler socialisme libertaire, n’accepte
pas plus la domination économique que la domination ethnique et le régime
policier.
J’aimerais discuter avec vous en détail votre carte des ethnies,
le temps me manque ; il vous manquerait aussi pour me lire. En tout cas, j'accepte
presque tous vos principes de découpage, p. ex. la reconstitution des
parcelles récemment assimilées. Je tiens aussi la contiguïté
comme un idéal ; mais je n’irai pas jusqu’à l’assurer
dans tous les cas le cas rhéto-roman est typique. Le cordon ombilical
que vous tracez à hauteur de Salurn / Salorno empiète sur des
régions qui sont allemandes et italiennes depuis plus de mille ans. Et
Il n’est pas très "utile" du point de vue des communications
réelles. Mais c’est un détail. Comment se fait-il que Pristina
ne soit pas en Albanie, alors que c’est la capitale du Kosmet albanais
? (Peut-être la capitale et sa région sont aussi peu albanaises
que Vilnius est lituanien !). Y a-t-il, du biélorusse au russe, plus
grand écart que du tchèque au slovaque ? — Quant au critère
de la langue, je me demande bien si c’est l’intercompréhension
: un Tchèque comprend un Slovaque, un Béarnais ne comprend pas
un Provençal ! — Les 10 000 Slovinces de la région de Leba (ex-cercles
d’Allemagne) ont-ils disparu ? Un professeur polonais m’assure que
non. Le slovince, du groupe kachoube, est lui, incontestablement original. (Et
les Slovinces ne formeraient pas enclave ; du moins, je ne crois pas)
Vous devriez accepter un jour de venir à l’un de nos stages C.l.F.E.*
(comme celui de Grenoble). Occasion de se rencontrer et de discuter du fédéralisme.
Comme la fédération de toute façon se fera, il faudrait
être plus nombreux à la vouloir ethnique. (Tous mes amis sont d’accord
pour la protection des langues, mais pas pour la coïncidence des frontières
intérieures avec celles-ci).
Abonné à l'"Encyclopaedia Britannica", je puis faire
effectuer gratuitement des enquêtes sur les sujets les plus divers. Si
vous aviez besoin d’une information ethnique, posez mol la demande et je
la transmettrai (une, et même plusieurs).
La limite de l’Occitanie passe, je crois, au sud de Leucate. Un morceau
des P. O. est occitan. Quant à la belle région de Nice que vous
habitez, est-il si facile de dire qu’elle est occitane et non pas Italienne
? Le Var n’est-il pas la vraie frontière ?
Je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Guy Héraud
PS : La "Voix d’Alsace-Lorraine" signale votre livre, et indique
la librairie Sauramps, à Montpellier. Vous savez que ce journal, à
cause du complexe alsacien, n’a que peu de lecteurs, pas de publicité,
et que la plupart des articles y sont anonymes. Ce qu’il dit pourtant est,
ma foi, fort honnête. Et ce ne sont que des régionalistes.
* C.l. F. E. Centre international pour le fédéralisme européen
Cher Monsieur Fontan,
Rentré à Strasbourg, je vous envoie comme promis les numéros
d'"E. Ethnica" (donnés) et le tiré à part sur
Occitanie I Basse-Allemagne (prêté).
Au Congrès de Florence sur les régions, l’aspect ethnique
a été systématiquement passé sous silence, même
dans le rapport sur la Bretagne de M. Philipponeau. Et il a fallu que je rappelle
que 4 des 5 régions italiennes avaient un contenu ou du moins un aspect
ethnique. Les orateurs qui se gargarisaient de régionalisme ne l’avaient
pas dit !
A Dijon — ethnie française — , admirable allant, intransigeance, fermeté
des Wallons.
Je vous donne ces adresses:
— M. Ch. Becquet, Président de la Fondation Charles Plisnier, 118 rue Beekman, Bruxelles-Uccle
— M. le professeur F. Périn, Faculté de Droit, Liège, auteur d’un excellent livre "La Belgique au défi", partisan de l’abandon de Bruxelles
— M. le professeur Meurice, rue Deperée, Huy (province de Liège), idem (partisan de l’abandon de Bruxelles)
— M. le député Massart, Beez (prov. de Namur), rattachiste
Si vous aviez des prospectus de votre livre, la Fondation Plisnier en placerait
beaucoup.
Excellente impression des Jurassiens : Béguelin, Schaffler.
Dans une interview qui passera sur les ondes françaises, belges, canadiennes,
suisses, j’ai parlé de votre livre; mais je n’ai pu malheureusement
donner votre adresse.
Rencontré M. Domec, de Rouen qui vous a en amitié et estime. Il
placerait aussi des prospectus, si vous en aviez.
J’ai rappelé votre adresse à Herrn Veiter, d'"E. Ethnica".
Un seul mauvais point au congrès d’Aoste : un traître valdôtain
a réussi par ses intrigues à obtenir l’adhésion de
son mouvement dissident à la FUEV*. Tous les patriotes valdôtains
le désavouent et je suis obligé — quelle perte de temps ! — à
réhabiliter la FUEV auprès d’eux.
Bien cordialement,
G.H.
PS : J’ai fait passer à Dijon, le "droit d’autodétermination".
Ce n’est pas votre critère, mais c’est quand même, tactiquement,
un progrès révolutionnaire !
* FUEV : Foderalistische Union Europaischer Voiksgruppen I Union fédéraliste des communautés ethniques européennes
Cher Monsieur,
Vous vous souviendrez sans doute de ce que nous avons pris contact par lettre,
il y a quelques mois.
Devant passer par Nice à la fin du mois (le 30 ou le 31), je viens vous
demander s’il serait possible que nous nous y rencontrions. Le mieux pour
moi serait la fin d’après-midi et la soirée. De Nice, je
continuerai, le lendemain matin, vers le Val d’Aoste où nous avons
notre Collège d’études fédéralistes. J’y
donne un cours sur les ethnies.
J’en profite pour vous dire que le fédéralisme seul nous
sépare. Quant aux ethnies, je suis fondamentalement d’accord. Mais
nous sommes en un sens des précurseurs et risquons de n’être
guère compris.
Je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments
les meilleurs.
G.H.
Guy Héraud
Campagne de Bonfin
FREJUS (Var)
Cher Monsieur,
Merci pour votre longue, et comme toujours, intéressante lettre du 20
dernier. Je me réjouis de vous savoir de nouveau à pied d’œuvre.
M. Lesfargues m’avait donné de vos nouvelles ; tout cela nous a
peinés.
Il faudrait évidemment discuter de vive voix. Je tiens quant à
moi le fédéralisme, non pour réactionnaire ou réformiste,
mais pour révolutionnaire. Fédéralisme n’est pas européisme.
L’adoption d’une charte fédéraliste au dernier Comité
central du MFE* indique que la décantation s’opère entre
deux tendances (qui n’avaient à vrai dire, philosophiquement, rien
de commun). Comme vous, je pense que l’européisme est voué
à l’échec. Mais la dialectique fédéraliste,
c’est tout autre chose, et nous prenons un nouveau départ. La "tendance"
fédéraliste (est-Il besoin d’ajouter "intégrale"
?) est représentée au C. I. F. E. et au Collège du val
d'Aoste. En ce qui concerne les personnes, cette tendance est socialement fort
à gauche ; mais ethniquement, on ne paraît me suivre que du bout
des lèvres : tels amis belges d’extrême gauche volent au secours
de l’unité belge... Avec le temps, j’espère que tout
cela se clarifiera.
Pourquoi je suis fédéraliste et non inter-jacobin :
1 — Parce que si l’ethnie (et la classe qui est provisoire de même que la famille) est beaucoup, elle n’est pas tout. Il y a une communauté humaine générale, et des communautés régionales, auxquelles on doit accorder leur dû. Il faut un minimum de structures institutionnelles pour gérer les intérêts à ces niveaux-là ; en particulier, une police mondiale (et avant, comme étape, une armée européenne).
2 — Parce que l’ethnie comporte elle-même une diversification interne : régions, villes. Je suis très hostile à l’hyper concentration, fruit du jacobinisme ; de quel droit sacrifier la Lorraine ou la Normandie à la seule Île-de-France ?
Je vous rejoins culturellement : je suis "anti-patois", car l’ethnie disparaît si on laisse s’émietter et s’abâtardir la langue ; mais politiquement et économiquement, je valorise la région.
Cela dit, voici quel serait un schéma doctrinal :
En gros, 3 niveaux institutionnels :
1 — monde (provisoirement et stratégiquement : Europe)
2 — ethnies
3 — régions (toutes mono ethniques)
— Deux échelons "lourds" : monde et régions (police,
économie, techniques)
— Un échelon "léger" : l'ethnie : à compétences
culturelles (radio, TV, cinéma, édition, enseignement uniforme,
universités — autonomes en tant qu’universités, mais mono
ethniques — , académies, musées, etc.).
La "légèreté" de cet échelon ne veut
pas dire que je le trouve secondaire ; dans la hiérarchie des valeurs,
il prime. Sa "légèreté" tient à son caractère
proprement intellectuel et spirituel.
Nous pourrions aussi engager un dialogue sur les problèmes de stratégie
ou de tactique. Votre inter-nationalIsme est à base de justice. Vous
êtes de ce point de vue beaucoup plus proche des fédéralistes
que des "nationalistes". Hormis le juste combat pour l’indépendance,
tout "nationalisme" tire le drap à soi, violente et détruit
les "nationalismes" plus faibles. (Ne faisons pas de terminologie
: je suis prêt à réserver le mot "nationalisme"
à de plus nobles usages — le tout est de s’entendre).
J’ai expédié vos questions, aujourd’hui même, à "Encyclopaedia
Britannica" ; Il y aurait beaucoup à dire sur le principe de
"restitutio in integrum" des ethnies dominées ; tout à fait d’accord
sur le principe, je ne vous suivrais pas dans l’ensemble des
applications : pour moi, le Tyrol du Sud tout entier — sauf les vallées
du Gader- et Grodnertal : ladines — est bel et bien allemand et doit le
rester. Salurn au demeurant ne peut pas faire communiquer les
Rhéto-romans d’est en ouest : la vallée, encaissée, est une vole
nord-sud. Je ne vois pas d’ailleurs pourquoi vous excluez les enclaves.
Pourquoi — dans un ordre policé — une ethnie ne pourrait pas être
enclavée dans une autre ? Pourquoi une ethnie ne serait pas en deux, ou
plusieurs, morceaux ? Certes, ce n’est pas l’idéal ; mais c’est mieux —
quand les choses se présentent ainsi, que de supprimer l'ethnie
(Bouriates p.ex.) ou de désarticuler les autres pour établir un
raccordement. Les Ladins du Tyrol du Sud, et surtout les Frioulans,
sont à certains égards linguistiquement fort loin des Romanches du Rhin.
Le stage de Montmin (près Annecy) 13-23 décembre, en principe
réservé aux jeunes, coûte 6000 anc. frs, en raison de sa
durée. Les droits d’inscription ne sont en général
que de 2000 anc. frs et le voyage est remboursé à 40%. Je vous
fais adresser le programme des prochains stages.
Je serai très heureux si vous voulez bien passer par Strasbourg.
Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments les
meilleurs.
Guy Héraud
11, rue de la Brigade A. L
Strasbourg
* MFE : Mouvement fédéraliste européen
11, rue Brigade A-L
Cher Monsieur Fontan,
J’ai vu qu'"Enbata" vous présentait, de façon
fort sympathique, et je m’en réjouis. Ils n’ont p as pris méchamment
le fait que vous limitiez Euzkadi aux territoires parlant euscarien, actuellement
ou depuis moins de cent ans.
J’ai, au contraire, bien involontairement, froissé les Bretons en
limitant la Bretagne à la zone bretonnante. Ils m’ont d’ailleurs
mal compris ; car mon critère suprême est l’auto-disposition.
Les gens doivent décider ce qu’ils veulent, mais je fais personnellement
campagne pour le critère linguistique - à quelques exceptions
près. Je crois en effet que dans une société économiquement
et démocratiquement homogène, le seul clivage social-global est
celui de la langue et de la culture.
J’ajouterai aussi de l’ethnie au sens propre. Il me semble bien que
vous-même excluez de la France, les Antilles et la Réunion. Et
ce n’est pas, je précise, que vous les considériez caraïbes
(car le caraïbe est éteint depuis plus de 100 ans !), ni parce que
les gens parleraient "créole". De même le Libéria
- dont les premiers habitants, au moins, ne parlaient qu’anglais - ne fait
pas partie de l’ethnie anglaise. Votre critère serait donc ethnico-linguistique.
À fouiller votre carte, je me demande si du féroïen à
l’islandais, il n’y a pas plus loin que du slovène au serbocroate.
De même, du finnois à l’estonien. Je séparerais donc
les Féroé (et l’Estonie) de l’Islande (et de la Finlande).
Et les slavisants m’affirment que le slovaque est aussi distinct du tchèque
que le biélorussien du russe (à propos, où avez-vous trouvé
ce terme, fort utile, de "khrivitche" ?).
Je me demande aussi si le maltais ne peut pas figurer comme langue à
part.
Vous avais-je parlé du kachoube et du slovince que Meillet distingue
du polonais - alors même qu’il considère comme polonais, le
mazurien.
Reste-t-il des Lives ? Je le souhaite ; si oui (et suivant Meillet), j’en
ferais un groupe distinct de l’estonien.
Autre (grande) question. Vous avez peut-être vu dans les derniers "Europa
Ethnica", l’article de Pierre Naërt et la carte : il considère
le franco-provençal (que j’appellerais "burgonde") comme
distinct. Je trouve personnellement que les gens et les villes de la région
St Etienne-Lyon-Grenoble-Genève-Besançon diffèrent de la
zone d’oïl (plus "nordiques", accent mis à part, à
certains égards).
Mon mouvement spontané est de conserver la division en deux oïl-oc.
Mais quand je parle à des Valdôtains - et sans que l'italianisation
y soit pour rien -, je constate que ce sont, par l’accent, de purs méridionaux.
Mes étudiants sont intéressés par votre livre - qui, naturellement,
les choque. Pourtant l’observation, la réflexion m’avaient
conduit, avant même que je vous lise, à la thèse de l’exploitation
ethnique. À l’affrontement inter-"national" (entre ethnies-Etats),
s’ajoute l’affrontement intra-"national" (entre l’ethnie-Etat
et les ethnies dominées).
Une question : vous vous dites jacobin; ne ferez-vous donc pas de place au régionalisme
intra-ethnique ? Il me semble que lorsqu’on a obtenu l’homogénéité
linguistique, il n’y a qu’avantage à laisser se développer,
fédérés au niveau de l’ethnie, une pluralité
de centres économiques et culturels. Exemple : Occitanie = fédération
des régions: Gascogne, Tolosane, Limousin, Auvergne, Provence...
Je suis personnellement fédéraliste inter- et intra-ethnique.
Dans mon livre, j'en rabats un peu avec mes propres conceptions - pour raisons
tactiques - et propose une Europe-fédération de régions
monoethniques, celles-ci se regroupant par ethnies pour la gestion des affaires
culturelles. Mes préférences vont bien sûr à une
fédération des ethnies, les ethnies étant elles-mêmes
intérieurement fédéralisées.
L'"Encyclopaedia Britannica" ne m’a pas encore répondu.
Pour ce qui est du danois en Suède, des Danois questionnés ignoraient
le fait. La proximité des langues ou l’ancienneté de l’occupation
ont dû assimiler ces régions.
Je regrette que vous vous refusiez à admettre des ethnies discontinues.
D’une part, cela vous oblige - Rhétie - à réunir très
artificiellement certains morceaux ; d’autre part, cela vous conduit
à sacrifier les Frisons non-insulaires d’Allemagne, et d’autres
groupes encore, numériquement importants parfois.
Vous vous êtes attaqué à gigantesque entreprise avec votre
action occitane ! Je ne crois pas qu’un Allemand tente jamais la même
chose pour la "Néerlande". Partout l’Occitanie existe
bien - non seulement par l’accent, mais aussi par l’ethnotype -, et
même - ou surtout - quand les gens n’en ont pas conscience. Le Béarn
seul, présente des traits assez fortement différenciés
(anthropologiques et psychologiques), la Gascogne aussi, mais amoindris. J’attribue
cela à l’hérédité mixte, basco-ibère
pour une bonne part. Cela me porterait à faire à Euzkadi des largesses...
mais les Béarnais ne "marcheraient" pas.
M. Dami vous appuie en ce qui concerne Belfast >>> Ecosse. Comme la
région est totalement anglicisée, je pense qu’il vaut mieux
la laisser à l’Angleterre ou la donner à l’Irlande.
Tactiquement - et sentimentalement -, je suis pour cette dernière solution.
Je serais heureux aussi de restituer Byzance à la Grèce.
Y a-t-il un mouvement sarde, autre que régionaliste ? On ne parle
jamais du sarde, et le statut d’autonomie ne fait pas plus mention de la
langue que celui du Frioul-Vénétie julienne ne parle du dialecte
frioulan.
Puis-je encore espérer vous voir à Strasbourg ? Avec mes sentiments
les meilleurs,
G. Héraud
[PS]
— MM. Bec et Lesfargues sont bien négligents. Cela fait un an que j’attends leurs articles promis sur la Catalogne et l’Occitanie pour "E. Ethnica". Pourriez-vous, si vous les voyez, le leur rappeler ? Merci.
— Les dialectes piémontais, ligure, lombard et émilien sont aussi loin du toscan que du français.
— Savez-vous que Djerba est une île juive ? Les Shetland ne sont-elles pas anglicisées depuis 100 ans ?
[sur carte postale] Firenze, 27.5.63
Cher Monsieur,
Je sens que si j’habitais Nissa, je discuterais avec vous, des mois entiers,
sur ces questions de frontières. Vous êtes le premier avec lequel
je sois de cœur su totalement d’accord (sauf à donner à
la Rhétie, les plus beaux villages allemands !). Réserve aussi
sur le principe "pas d’enclaves". Vous biffez ainsi des ethnies
de la carte, et d’autres - peut-être moins importantes ou intéressantes
- sont sauvées par pur hasard (frontière avec deux pays).
Ce qui presse, c’est que vous fassiez imprimer un prospectus d’une
page sur "Ethnisme". Nous l’enverrons à trois cent adresses.
(Et je l’aurais distribué ici !) Dans ce congrès sur les
régions, quel conformisme ! Un rapporteur sur la Bretagne ne dit rien
de la langue bretonne. ldem d’un autre sur la Sardaigne. L’ethnisme
est comme un mal honteux. Vous bondiriez !
Dit-on "Burdeu", Avignun", "Marsiho", "Clermunt"
? Et "Occitanio" ? Amitiés.
[Pas de signature]
[PS]
— Ecrivez à G. Buratti (Biella I Ch.)
— Quid de Haiti ? Ethnie française? Le créole n’est pas une langue.
— Les Pays-Bas (fränkisch) ne sont-ils pas distincts des pays "sassisch" ?
[Croquis représentant la région de contact entre les langues allemande, rhétique et italienne dans le Trentin-Tyrol du Sud]
Cher Monsieur,
La jonction rhète ne peut se faire que par la NOCE-AVISIO.
L’article de Riedl ("die Alpenromanen") indique qu’il y
a des "restes de ladinité" dans les vallées du Pejo
et du Rabbi (à l’ouest de l’Adige) et dans le Fleimstal (val
di Flemme) à l’est.
Si vous y tenez, je vous prêterai cet article ; ou bien je vais demander
à l’auteur de vous envoyer un "séparé".
Au XVIème siècle, l’allemand descendait jusqu’à
Lavis.
Tischlwang (Timau en italien) est une commune allemande d’italie qui touche
la frontière de Carinthie (au pied du Plöckenpass ou Passo di Croce
Carnico).
A Bladen (Sappada en italien), l’allemand est vivace. Par Forni-Avoltri
(où il a disparu il y a quelques décennies), Bladen se rattache
aussi à l’Autriche.
J’ai des précisions actuelles sur la région d’Arlon,
si cela vous intéresse.
Appartiennent à l’aire allemande, du nord au sud Martelange, Nobressart
(Eichelbroodt), Hachy (Herzig), Habergy (Heverding), Autange (Ibingen).
Malgré son nom, Meix-le-Tige est français. depuis quand ? Je ne
saurais le dire. De même Rochecourt (Rösig) et Halanzy.
Avez-vous lu "La langue occitane" de P. Bec ? C’est intéressant,
mais je ne suis pas d’accord sur tous les points (1).
Avez-vous vu les résolutions du Congrès de Dijon ? Peut-être
vous en ai-je parlé déjà.
M. Gustavo Buratti nous a envoyé un message en faveur des Provençaux
d’italie. Il a lui-même assisté à un Congrès
occitan à Muret, ce qui l’a empêché de venir à
Dijon.
Bien cordialement,
G. Héraud
[PS]
Vous savez qu’au Luxembourg : { Tarchamps. Watrange. Harlang. Soulez. Doncols } (deux communes) sont français, ainsi que (dans l’angle S-W du pays) la localité "La Sauvage", fraction de commune.
(1) Sa thèse a/s du catalan est la thèse classique, bien différente de la vôtre. Il a tort de suivre Tagliavini qui, en bon Italien, annexe le rhéto-roman au groupe italoroman. Il devrait aussi considérer le piémontais, le lombard comme des dialectes gallo-romans.
(1bis) Il n’y a pas d'"alsacien-lorrain" ; sa carte de la zone allemande est erronée au détriment du français.
27 juin
Cher Monsieur Fontan,
J’ai pris le plus vif Intérêt à vous lire et je vous
admire de faire tout ce que vous faites dans les conditions difficiles qui sont
les vôtres. Que ne feriez-vous pas si vous aviez les moyens ? Il ne faut
pas vous donner la peine de me répondre, ce qui me donne plus de liberté
pour vous écrire.
Je serai sans doute vers la mi-août à Fréjus auprès
d’Omraam Mikhaïl Aïvankov. Nous pourrons ménager, ici
ou là, une rencontre.
1) Le Congrès des Régions était un congrès académique. Au MFE[*], il y a une aile - Alsace, Wallons, Flamands, Bretons, etc… - qui devient de plus en plus ethnisante. Mais il y a aussi, et je le reconnais, une autre aile hostile. A peine de me répéter, je ne vois pas comment vous allez faire tenir l’une à côté de l’autre vos ethnies souveraines, harmonieusement et pacifiquement. A moins que l’homme ne soit devenu angélique; et là alors, la parole est à Omraam Mikhail Aïvankov que je vous conseille de rencontrer. Je crois à cela : mais ce sera pour plus tard ; peut-être pour l’an 2000 ; en dehors en tout cas du contexte politique et de toute la tradition historique. Une Fédération n’est hégémonique que si un Etat y domine : Prusse, Russie ; non si 3 ou 4 pays forts s’y équilibrent : Berne, Zurich, Vaud ; Rhénanie-Nord, Bavière; New York, Californie. Mais laissons cela !
2) a) Occitanie : oui, écrivez sans tarder à Buratti. Il est généreux, désintéressé et riche, Il peut vous recevoir à Biella et vous aider de cent façons. Il consacre tout son temps aux ethnies. Cependant il reste à former ; il ne veut pas toucher aux frontières, parce qu’il croit plus habile et plus commode de ne pas le faire ; il n’a pas compris qu’une ethnie a besoin de l’indépendance - ou de l’égalité fédérale - pour se défendre et se sauver. En tout cas, c’est le grand spécialiste de l’Occitanie outre-monts. Il vous mènera en voiture partout où vous voudrez.
J’ai lu : Burdews, Clarmunt, Morselyo (mieux que "Morse/lo", Avixun ou Owixun ? (mieux qu’Aviñiun). Evitez ces signes diacritiques compliqués et qui "extranéisent" notre langue; je suis contre le "l" barré et contre le tilde.b) Je ne sais pas moi-même quand mon interview a passé ; probablement un jeudi matin sur France III ; mais j’étais tout le temps en voyage ! En tout cas, je parle de votre livre à toute occasion ; et mon livre va en répercuter l’écho. Maître Vonfelt va vous l’acheter. Le plus objectif et intransigeant à la fois des Wallons est le prof. Françols Périn, Fac. de Droit, Liège. Pour se borner aux têtes de file. Il est jeune ; les plus vieux tiennent à Bruxelles. Je proposerai un compte-rendu de votre livre à la fondation Plisnier et à d’autres revues. Ces prospectus seront très utiles, vraiment.
Bonne chance - sans ironie ! - pour vos négociations… Nos tactiques sont antipodiques, mais le but (ultime) est le même.c) Pardon d’avoir mal compris votre doctrine a/s des ethnies enclavées mais alors, où est le principe des "2 frontières" ? Remarquez que j’aime mieux cela. D’accord pour remonter jusqu’à la dernière période stable. Cela prive d’une partie de leur intérêt mes renseignements sur Arlon (Arel).
d) Kloss est un puits de science. Un partisan engagé des ethnies. Mais je crois qu’il nie autant l'occitanisme que le néerlandisme. En tout cas, il peut vous trouver des répondants en Basse-Allemagne. Deconinck et les Flamands pourraient jouer le rôle d’éveilleurs.
e) "Harlange, Tarchamps, Doncols, Soulez" est puisé dans A. MeilletTesnières 1928.
Mes données sur Arel viennent d’une proposition de loi Deconinck que reproduit "Der Wogweiser", Eupen, Schulstr. 14, organe des Allemands de Belgique.
Voici les détails:— Aubel néerlandais (sens étroit), sauf le hameau die Klaus, allemand (néerlandais sens large), à rattacher à Heinrichskapell
— le sud de Heinrichskapell est français (>>> Clermont)
— le nord de Clermont est plattdeutsch (Vlamerie) >>> Heinrichskapell
— la bande S-O de Baelen est française (>>> Bilstain)
— au S-O de Membach, il y a une bande française (>>>Jalhay)
— le N-O de Robertville (qui touche la frontière de la Rép. fédér. d’AIl.) est allemand (>>> Elsenborn)
— Beho (Bochholz) allemand, sauf Comanster français (>>> Bovigny)
— l’est de Fauvillers et l’est d’Anlier sont allemands (>>> Martelingen)
— Halanzy, Meix-le-Tige et Rochecourt sont français ; cependant le N-E de Halanzy est allemand (>>> Ibingen / Aubange).L’article ne parle pas expressément de Hachy, mais attribue tout l’arrondissement d’Arel à l’Allemagne (sauf exceptions ci-dessus) ; or l’interprétation de mes cartes conduit à penser que Hachy relève d’Arlon. Cependant votre objection (Fouches, Sampont) est impressionnante. Je vais me procurer une carte administrative à plus grande échelle. En tout cas Hachy (Hertzig) fut allemand, car j’ai lu qu’il constituait à une certaine époque, le point le plus occidental de cette ethnie.
Pour le Kanaltal : voir Veiter, le "spécialiste" (présent et passé).f) Rhétie : Je vous envoie l’article d’"Alpenraum". La liaison s’effectue, selon votre propre description, dans votre présente lettre, à travers un territoire actuellement italien et où l’allemand a disparu au XVIéme siècle. Cette liaison n’empiète pas sur le Tyrol du Sud, mais sur le nord du Trentin. J’ai les cartes à grande échelle de la région et connais bien le coin.
g) Je formulerais abstraitement ma question : rattachez-vous à un Etat blanc des populations (territorialement groupées) de race noire, mais de langue "blanche", lorsque les langues d’origine se sont éteintes depuis trois siècles ou provenaient elles-mêmes de familles linguistiques multiples ? A moins de les rendre aux Caraïbes (mais où sont-ils aujourd’hui ?), que faire de la Martinique et surtout de la Guadeloupe ? (Cette dernière moins française - ou occitane ?? - que la première).
Je pars pour le Tyrol du Sud, puis pour le Val d’Aoste ; mon adresse
est jusqu’au 18 juillet : Collège Fédéraliste, rue
de la Piave, Aoste (remarquez le nom nationaliste de la rue : aliénation
politique ou psychologique !). Ça donne aussi "avenue de la Gare".
Peut-être cette adresse est-elle meilleure.
Vous gardez les documents aussi longtemps que vous voulez. FH. Riedl ("Alpenromanen")
est sudtyrolien exilé à lnnsbruck, rédacteur d'"Europa
Ethnica".
M. Goé-Brissonière, 6 rue de Monbel, Paris 17, prépare
une grande étude sur la coexistence des ethnies. Il tâchera de
vous rendre visite. Il est introduit aux Aff. étrangères. Il accepte
dans l’ensemble nos vues (ethniques). Egalement W Vonfelt, 36 rue de l’Espérance,
Mulhouse.
Melle Kerhuel essaie de mettre en place un CELIB par région.
Pour démarrer, elle organise à Paris, en octobre-novembre, une
"exposition des régions". Ne pourriez-vous lui désigner
des responsables (chambres économiques) pour l’Occitanie ou ses
régions?
Je pourrai vous apporter cet été le "Que sais-je ?"
de Bec.
Par Tende-Limone, vous êtes rendu à Biella et Aoste à peu
de frais. Voulez-vous que nous convenions avec Buratti d’un rendez-vous?
Je suis à Aoste, je vous l’ai dit, jusqu’au 18 jt ; ensuite
peut-être à Bordighera. Je vous préciserai cela. Mais Buratti
n’y sera pas !
Ci-joint une petite aide ethnico-occitane, si je puis dire.
Bien vôtre,
G. Héraud
[PS]
— On est tous déprimés quelquefois. Mais peut-être le seriez-vous moins si vous meniez le combat parmi nous. De toute façon, le résultat, croyezmoi, sera le même : la coexistence des peuples sera ethnique ou ne sera pas.
— Je vous conseille de lire (allemand) Leo Weisgerber (rôle de la langue sur le caractère).
[*] MFE: Mouvement fédéraliste européen.
Cher ami,
Je compte passer à Nice la nuit du 31 août au 10 septembre. Auriez-vous l’obligeance de me réserver pour ce soir là une chambre ? (Chambre modeste suffit). Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante:
Campagne de Bonfin
Fréjus (Var)
Je repartirai de Nice le dimanche 10 septembre à la première
heure en direction d’Aoste.
J’espère que vous avez pu faire votre voyage à Alger, et
qu’il s’est avéré aussi fructueux que possible.
En sincère amitié,
G. Héraud
Ci-joint une réponse - pour vous - de l"’Encyclopaedia Britannica".
Cher ami,
Ayant une occasion de me rendre à Turin en voiture, je ne passerai pas par Nice samedi, et vous prie, en conséquence, de bien vouloir annuler la réservation de chambre que je vous avais demandée.
Je demeure, bien fortement, vôtre
G. Héraud
Cher ami,
Comment allez-vous ? J’aimerais de vos nouvelles.
Voyez, ci-joint, le genre de sujets, que je donne en doctorat. Le "fontanisme"
devient partie intégrante des doctrines politiques. On vous cite dans
les copies.
Irez-vous à Paris à la réunion des 9-10 novembre organisée
par France fédérale ? Personnellement, je me suis déjà
engagé à participer à Lucerne à une réunion
d’Europa Union suisse - bien que ce soit beaucoup moins intéressant.
Mon livre va sortir en novembre.
Pourriez-vous me donner des adresses de librairies à Nice ou ailleurs
(Montpellier p. ex.) où l’on puisse, en se recommandant de vous,
faire effectuer des dépôts ?
Dans la "Doc[umentation]. Française", il y a des numéros
récents consacrés à la Birmanie, à la Thaïlande
où l’on trouve des détails intéressants sur les ethnies.
Bien à vous,
G. Héraud
[PS]
— Avez-vous fait ce voyage en Algérie ?
— Avez-vous lu le livre "Vasconia" édité à Buenos-Aires : les Basques annexent Foix, Muret et Bordeaux ! (Il est vrai que les Gascons sont des Occitans assez particuliers, surtout en Béarn).