De la Corse à l'Occitanie

 

L'intervention télévisée du chef de l'Etat français du 14 décembre 2000 a certes été ternie par les soupçons qui pesaient sur lui à propos des « affaires ». Nous savions que les partis parisiens nageaient dans des eaux troubles. Nous ne pouvons que partager le jugement populaire sans pitié : "tous pourris ". Ils n'en sont pas moins à la tête d'une grande puissance coloniale qui décide de notre sort, celui des colonisés. La façon dont ils entendent se débarrasser de nous ne peut pas nous laisser indifférents. A ce sujet, les déclarations de Jacques Chirac à propos de la Corse ne sont pas sans intérêt. Elles ont pour elles le mérite de la clarté.

Pour la première fois Chirac a laissé entendre que la Corse "ayant un régime particulier, ne serait donc plus dans la République et aurait tendance à vivre sa vie ". Voilà qui est nouveau. On est loin de l'appel lancé par le RPR en septembre dernier intitulé "Pour la Corse dans la République". L'appel a été un tel échec que le RPR n'a pas osé en publier les résultats. II faut dire que le doute s'est instauré dans l'esprit des dirigeants de ce parti. Nicolas Sarkozy, soutenu par Edouard Balladur, était hostile à cette pétition. Bernard Pons s'est même laissé aller à demander que les élus corses favorables aux accords Matignon, dont Jean Baggioni, soient entendus par la direction du parti. Si le RPR a été amené a changer, ce n'est pas, bien sûr, par une vision "ethniste " prophétique, mais parce que l'opinion en général donne de plus en plus raison à nos amis corses de la Cuncolta. Le RPR se souvient que De Gaulle est sorti renforcé des accords d'Evian qui ont officialisé l'indépendance de l'AIgérie. Les accords de Matignon rappellent qu'on le veuillent ou non, ceux d'Evian comme ceux de Nouméa. On nous objectera que la Corse n'est pas l'Algérie, ni la Kanakie. Pas plus que l’Occitanie n'est la Corse. Soit. Cependant le sort de chacun de ces pays relève du même processus, celui de l'inévitable décolonisation française. On ne voit pas pourquoi celle-ci se serait achevée un beau jour de mars 1962. Il est évident que le processus de décolonisation continue. Les évènements en Corse en sont aujourd'hui la preuve. Les résultats apparaissent de plus en plus évidents : la Corse comme l'AIgérie ou la Kanakie sera indépendante. Le doute n'est plus permis, même au RPR.
Les derniers suppôts du colonialisme ont du plomb dans l'aile. Ceux de la vieille droite, qu'ils s'appellent De Villers, Pasqua ou Le Pen. Chirac n'a aucun intérêt à les ménager. Au lendemain de son intervention, les sondages lui ont donné raison.
De la même façon les colonialistes de gauche unis derrière Chevènement font figure de vieux ringards. Jospin a vu juste en s'en séparant. Nous ne donnons pas cher de leur avenir. Les nostalgiques de la République française universelle sont en train de perdre la raison et sont de moins en moins crédibles (cf. Jean-Pierre PUJOL, 2000. "La maladie de la France folle. (Le lobby contre les langues minorisées)" éd. Cercle Llibertat, Perpignan). Les corses sont en train d'avoir leur peau. Merci.
Dans le match qui oppose Chirac à Jospin, nous assistons à une drôle de partie entre deux géants de la politique française qui, après avoir tous deux juré que la Corse resterait française, s'ingénieraient à qui mieux mieux à oeuvrer pour l'émancipation de l'île de Beauté.
L'enjeu est devenu central pour la nature même de l'Etat.
La position de ceux qui pensent qu'il suffirait de régionaliser la France pour mettre fin aux revendications indépendantistes apparaît comme de plus en plus iIIusoire. Chirac dans son intervention en envisage sérieusement la possibilité :
" ... donner à toutes les régions de France les mêmes avantages et les mêmes moyens, ça veut dire que la France n'est plus une République unitaire, mais devient une fédération de régions. C'est un grand changement ".
Les régions occitanes s'en trouveraient renforcées. Pour les nationalistes occitans, l'afffaire est à double tranchant. D'une part une telle évolution retarderait Ieur accès au pouvoir, mais d’autre part elle les rendraient crédibles en créant les conditions régionales concrètes pour aller vers l'indépendance de fait de chaque région occitane !
Qu’il soit radical ou réformiste le nationalisme occitan"a de beaux jours devant lui.

Cela signifie que les régionalistes jusqu'à ce jour hostile à l'idée d'indépendance des ethnies dominées par la France et qui se sont rassemblés derrière la fédération " Régions et Peuples Solidaires " (RPS) sous l'impulsion de l'Union Démocratique Bretonne et de l'Union du Peuple Corse risquent très vite de se trouver dépassés. Dépassés par une droite gaullienne qui va aussi loin qu'eux dans le sens de l'autonomie des régions (dépassés par une majorité de la gauche qui sera en droit de revendiquer les bienfaits des accords de Matignon, dépassés par les courants indépendantistes.
La fédération RPS dont le président actuel est l'occitan Gustave Alirol est devant une alternative cruciale : ou elle est laminée par le réalisme des grands partis ou elle se radicalise et s'ouvre aux forces indépendantistes montantes.
Une importante réunion s'est tenue à Paris cet été 2000 entre dix huit mouvements indépendantistes (et Le Monde du 4/1012000). Il y a peut-être là une alternative possible au cas ou Gustave Alirol et les partis qui composent RPS ne sauraient pas prendre le tournant qui s'impose.
Les nationalistes occitans doivent rester sereins et déterminés, car ils savent que le jeu de domino de la décolonisation ne s'arrêtera pas à la seule Corse et qu'au delà de l'indépendance de la Corse, c'est de l'indépendance de l'Occitanie qu'il est question.

 

Lo Burèl del Partit de la Nacion Occitana
23 décembre 2000

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