LES NATIONALISTES OCCITANS AU SECOND CONGRES MONDIAL AMAZIGH
des 13-14-15 août 1999 à Lyon
Voilà déjà trois ans que vous m'avez invité
en tant que dirigeant du Parti nationaliste Occitan à votre premier Congrès
Mondial dans les îles Canaries. Nous regrettons que votre congrès
ne puisse toujours pas se tenir en pays de langue Amazighe. Il en est souvent
ainsi des mouvements de libération nationaux. Ils prennent naissance
la plupart du temps dans l’émigration.
Le fait que nous soyons à Brussels est symbolique. Brussels est à
la fois la capitale d'une Flandre dont la langue était menacée
et elle est aussi la capitale de l’Europe. Nous sommes ici au coeur de
l’Europe et au coeur du problème des langues. L'originalité
de l’Europe est sa diversité linguistique et donc son ouverture
aux problèmes des minorités linguistiques. Bien que l’Europe
se fasse à partir des États, elle est devenue le principal moteur
dans la lutte contre le centralisme des États. L'Europe des États
qui s'affrontaient dans les guerres est en train de faire place à l’Europe
des ethnies qui coopèrent et qui s'entraident.
Je n'en donnerai pour preuve que deux événements.
C'est d'abord l'établissement de la Charte Européenne des Langues
Régionales ou Minoritaires. Je pense que vous avez suivi les débats
qu'elle a suscité dans l'État français. La signature de
cette Charte a porté le problème de la survie des langues de France
au plus haut niveau des préoccupations de nos dirigeants, à commencer
par la langue Occitane qui est la plus importante d'entre elles puisqu'elle
survit sur le tiers de l’Etat français. La France à ce jour
se trouve dans la situation absurde d'un pays qui signe une Charte et qui aussitôt
refuse de l'appliquer au nom de sa propre Constitution. Dans le même temps
l'Italie, en bonne voisine de la France vient quant à elle de signer
cette Charte et s'engage à l'appliquer. Si l'on sait que l'Occitan déborde
sur l'Italie, notre langue n'est donc reconnue par l’Etat que d'un seul
coté des Alpes. Dans le même temps elle est devenue langue officielle
au Val d'Aran en Espagne. Aux yeux de tous les européens la France jacobine
se couvre de ridicule, elle est devenu un symbole de réaction en matière
de langue et à ce sujet elle est unanimement rejetée. La situation
ne peut donc en rester là et il faudra bien qu'un jour prochain, de gré
ou de force, la France se décide à promouvoir ses langues régionales.
Le deuxième événement qui en est lié au sort déplorable
de cette Charte européenne est le récent plan du gouvernement
au sujet de la Corse. Le mouvement nationaliste y est devenu incontournable
à tel point que les dirigeants français pour sortir de l'impasse
ont du engager un processus d'autonomie. S'ils font cela, ce n'est pas, bien
sûr, de leur plein gré, c'est parce que les pays voisins tendent
à résoudre leurs problèmes ethniques par plus de régionalisation,
plus d'autonomie ou plus de fédéralisme. Là encore, c'est
toute l’Europe qui pousse la France à s'engager dans la voie de
la reconnaissance des peuples minoritaires qu'elle domine encore de par les
hasards de l'histoire.
Si je mets en avant cette question de révolution de
l’Europe lors de votre Congrès, c'est que cela a et aura d'importantes
répercussions sur le comportement des États ou se parle la langue
amazighe. Les États qui se sont constitués en Afrique du Nord
sur le modèle français sont des États contre nature. Ils
sont une fabrication de l'impérialisme français et donc appelé
à long terme à disparaître. Telle est la logique fortement
probable d'une décolonisation qui n'est pas achevée. L'évolution
normale est que se constitue en Afrique du Nord un espace de libre échange
sur le modèle européen. Il aura pour conséquence de limiter
le pouvoir des dictatures et surtout de permettre une vraie régionalisation
pour les régions amazighes. Ce Marché Commun du Maghreb pourrait
dans un premier temps se constituer entre les trois grands pays d'Afrique du
Nord qui sont la Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Il pourrait ensuite
s’étendre à la Libye, au Mali et au Niger. Tous ces États
ayant une minorité amazighe, ce sont donc les Imazighen qui en priorité
auraient le rôle de moteur dans ce processus de progrès. Loin de
s'enfermer sur eux-mêmes, les Imazighen peuvent être ainsi un facteur
d'ouverture sur le monde. Cet avenir pour les Imazighen sera vraisemblablement
encouragé par toutes les puissances qui ont intérêt au développement
économique de vos pays respectifs : que ce soient les États-Unis
d’Amérique, les États Européens ou encore Israël.
Et surtout les populations arabophones y gagneraient en unité et en démocratie.
Mais cela ne sera possible que si vous, Imazighen admettez la possibilité
de cohabitation avec les populations définitivement arabisées
soit le tiers du Maroc, les deux tiers de l’Algérie et la quasi
totalité de la Tunisie. Il y a un moment historique où les populations
arabisées ne peuvent plus revenir à leur langue perdue. C'est
le cas lorsque l'assimilation est ancienne de plus de plusieurs siècles.
Le retour à la langue amazigh ne peut plus être alors que le fait
de cas individuels. La solution de sagesse est d'accepter le partage territorial
entre zones berbères et zones définitivement arabes. Ce serait
une erreur grave de penser que Tunis, Oran ou Rabat pourraient être un
jour reberbérisées. Il en est de même des Canaries ou la
langue amazigh, le Guanche, est totalement abandonné depuis le 14ème
siècle. Pourquoi s'acharner dans un rêve pan-amazigh pour toute
l’Afrique du Nord alors qu'il y a tant à faire en pays ou la langue
amazighe est merveilleusement vivante. A vouloir amazeghiser un monde qui ne
le peut plus, vous vous condamneriez à l'incompréhension, à
l'hostilité générale et donc à l'inefficacité.
J'en appelle donc à votre sagesse pour rassembler ensemble
des seules populations de langue amazighe pour vous engager sur la voie de votre
libération nationale, linguistique, économique et bien sûr
politique. C'est à cette condition qu'un grand État amazigh fédéral
peut obtenir l'assentiment de toutes les nations du monde. Le temps n'est pas
loin, ou des États amazighs verront le Jour en Kabylie, dans l'Aïr
Touareg, dans le Rif ou dans le Haut et Moyen Atlas. Il vous suffit de le vouloir
et de vous unir pour que cela se réalise. Je n'ignore pas les difficultés
que vous aller rencontrer auprès des États qui vous dominent,
vous exploitent et essaient de faire disparaître la langue amazigh. Vous
n'avez que la force de votre langage face à la violence des États.
Songez que c'est en frappant au front, le siège de l'intelligence, que
David l'a emporté sur Goliath. Nos frères Corses, nos frères
catalans, nos frères écossais, nos frères flamands, eux
aussi n'avaient que leur langue pour combattre les impérialismes et ils
sont en train d'obtenir leur indépendance et leur État.
Comme eux, vous serez un jour, vous les Imazighen un peuple libre.
C'est le plus grand souhait que je puisse vous apporter au nom du Parti Nationaliste
Occitan.
Per lo PNO, Jaume Ressaire