"Journée européenne des langues" du 15 avril 2000
Compte rendu du colloque organisé par le Bureau européen des
langues moins répandues (BELMR) avec le concours de la Direction des
langues de l'UNESCO au siège de l'UNESCO à Paris (France), par
la délégation occitane
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11h -13h
Présentation des 3 intervenants par Mme. Anna- Vari CHAPALAIN, adjointe
au maire de Quimper Bernard POIGNANT et représentante du Comité
français du Bureau européen des langues moins répandues.
Introduction par un discours de M. Bojan BREZIGAR (directeur d'un journal de la minorité slovène d'Italie, et président du BELMR) qui a rappelé à quel point la signature de la Charte Européenne des langues régionales était un bon choix de la part de l'Union Européenne, et de ses Etats membres signataires au regard de l'histoire, de la culture et de la politique européenne. Cependant il a autant souligné l'importance de la décision que de son application. Le Bureau affirme son soutient au développement de ces langues - question devenue composante de la politique européenne - et renforce son rôle d'intermédiaire entre les associations culturelles du territoire et les instances européennes afin de permettre l'avancée de projets qui permettront de faire avancer la diversité culturelle. Le but est de transmettre aux jeunes générations un patrimoine de la pluralité, telle qu'elle existe en Europe.
M. Joseph POTH, francique, en tant que directeur de la division
des langues de l'UNESCO a déclaré que l'UNESCO était sans
conteste en faveur du plurilinguisme, et qu'en étant ouvert à
tous les Etats, l'organisation entendait promouvoir le respect de la diversité
humaine, en ceci qu'elle favorise la paix entre les nations. Un univers de paix
serait possible par le respect de l'autre et de sa différence, mais pour
cela encore faudrait-il accepter l'autre, se décentrer et avoir une vision
du monde globale et non parcellaire, individualiste.
Le problème qui se pose aujourd'hui, est la dévalorisation de
certaines langues. Les bouleversements politiques majeurs ont entraîné
une augmentation de l'intolérance ethnique. De nouvelles situations sont
alors sans réponses car on n'ose les résoudre par une politique
linguistique nouvelle, urgente au vu des événements dont nous
sommes les impuissants spectateurs. Le programme "lingua pax" est
un des moyens de véhiculer la paix à travers un projet éducatif
important qui touche des peuples et des communautés différentes.
Les objectifs à fixer dans les Etats membres est principalement la recherche
de la paix, la promotion des langues et des langues minoritaires et/ou minorisées.
Parce que vivre avec un autre c'est vivre en paix avec soi, M. POTH a rappelé
que cette action symbolisait la dignité humaine de chacun respectée.
Ainsi, la recrudescence de l'intolérance ne constitue que la considération
d'être supérieur aux autres par le seul fait d'être des pays
économiquement dominants.
Alors, la passion des hommes qui défendent leurs langues - le plus souvent
par le volontariat - permet un rééquilibrage plus que nécessaire.
Selon KANT " peuples et nations doivent leurs divisions aux différences
de religions et de langage ". Aussi, M. POTH suggère que ces différences
peuvent mener à la paix lorsqu'on en a la volonté. " Ma langue
maternelle est ma patrie", chacun à droit à avoir une patrie.
Le but est d'obtenir l'égalité entre chacune des langues, "
toutes les langues sont égales devant la mort ".
Intervention de Mme. Regina JENSDOTTIR, juriste de la Direction
pour la démocratie locale et Régionale du Conseil de l'Europe
et, secrétaire du Comité d'experts de la Charte Européenne
des langues régionales ou minoritaires. Elle a annoncé la promotion
l'égalité linguistique avec le projet " 2001, année
européenne des langues ", et le renforcement de la politique linguistique
avec l'UNESCO et l'UE. Ces nouvelles orientations politiques permettent des
actions qui auront pour but de promouvoir le patrimoine européen, l'ouverture
sur les différences culturelles, le fait que le citoyen européen
puisse parler plusieurs langues. Les groupes ciblés par ce projet sont
les groupes de jeunes, les adultes, les organisations non gouvernementales (ONG),
les acteurs politiques, qui aux niveaux européen, national, régional
et local réaliseront leurs projets spécifiques réalisés
avec l'aide des instances supranationales dans le but de toucher un public le
plus large possible. Il est aussi prévu des manifestations dans toute
l'Europe avec des événements qui mettront à l'honneur chaque
langue durant une semaine, à tour de rôle tout au long de l'année
2001. Le BELMR a une grande marge de manœuvre et facilitera les propositions
des associations. Le BELMR peut devenir fort si les comités nationaux
agissent significativement.
Le but est de communiquer les expériences aussi bien pour les citoyens
européens que pour les représentants d'Etats. Il faut montrer
aux Etats d'Europe, aux gens, à nous mêmes la diversité
de notre continent.
Le terme de "citoyenneté linguistique " est apparu important.
Il permettrait l'utilisation de diverses langues sur l'Internet, la familiarisation
des enfants avec ces langues, leur apprentissage. Dans ce cadre, sont prévues
des campagnes télévisuelles. Sur les chaînes T.V. seraient
diffusées des productions en diverses langues d'Europe. De même,
il serait favorisé un tourisme plus respectueux et soucieux de la culture
du pays visité, de son approche, pérennité et de sa vivacité.
Le rôle des comités nationaux est primordial car il leur reviendra
la lourde tâche de lier et de coordonner tous les événements
sur le terrain. En conséquences, les associations en collaborations avec
les comités, devront se saisir de cette échéance "2001
année européenne des langues" afin de réaliser et
d'organiser les manifestations pour qu'elles aient le plus d'impact possible
en Europe.
Il faut souligner que chaque Etat peut se donner le maximum de chance, et favoriser
les actions culturelles à condition de passer par l'intermédiaire
du représentant national au BELMR.
En 1992, le Conseil de l'Europe a déclaré qu'il est possible aux
Etats de confirmer la sauvegarde des langues régionales et minoritaires.
C'est l'exemple de Monaco qui avait lancé le débat de la reconnaissance
du monégasque et des langues des communautés immigrées
sur son territoire.
Le 27 mai 1999 en France, suite à la signature de la Charte Européenne
des Langues régionales et minoritaires, s'est suivit un débat
politique et une saisine du Conseil constitutionnel. La solution donnée
par le Conseil illustre la stratégie de blocage opérée
par certains politiques. Ainsi, la question linguistique en France n'est toujours
pas réglée. Le refus de la reconnaissance de langues constituant
alors une volonté délibéré de cet Etat a oblitérer
une part de la culture de ses citoyens, une part de la culture et du patrimoine
européen. Ce comportement ne peut qu'être fortement blâmable
de la part de la France, une des plus vieilles nations démocratiques
du monde, qui se vante d'être la patrie des Droits de l'Homme…
Selon le Rapport POIGNANT, les langues régionales et minoritaires sont
une part menacée du patrimoine européen. Le fait de promouvoir
les langues ne constituerait pas le fait de promouvoir les minorités
linguistiques car la Charte n'entraîne en aucun cas un quelconque droit
des peuples ou des minorités. La Charte reste un cadre assez souple dans
les situations éventuellement conflictuelles du fait de sa malléabilité.
En effet, chaque Etat étant libre de choisir les articles qu'il ratifierait
sur les 109 articles de base. L'objectif que les associations du territoire
doivent se donner pour la France d'ici l'année 2001 est de permettre
enfin une ratification d'un ou de deux articles sur les 109 prévus …
Remarques et interventions :
Chiffres : sur les 370 millions de citoyens de l'UE, environ 50 millions parlent
une des quelques 50 langues régionales d'Europe (véder dorsier
COURRIER INTERNATIONAL).
Question sur les critères de différences entre la notion de langue,
de dialecte, de parler, de patois …
Intervention d'un membre du Bureau, l'opinion française est favorable
à la modernisation du statut des langues régionales et/ou minoritaires.
L'opposition à la ratification de la Charte est due à de puissants
et influents lobbies (MDC, FN).
Intervention de M. GIORDAN du ministère de la culture (made in Coaraze).
Il pose le problème de la normalisation des langues. Dans l'année
2001 la planification des langues régionales - nécessaire -, permettrait
d'assurer un consensus linguistique pour leur qu'elles aient leur place dans
l'avenir. Aussi, la France se doit de mettre en place une 'organisation des
langues' telle qu'une Assemblée générale/ Des Etats Généraux
des langues régionales. La France n'est pas une démocratie en
ce qui concerne le débat linguistique.
Il sous entend que le coordinateur français du BELMR puisse être
victime de l'immobilisme français et serve d'écran entre les associations
culturelles et les instances européennes.
Intervention du député européen de nationalité Espagnole
(catalan) M. BADE, afin de renforcer l'idée de normalisation linguistique,
il effectue un parallélisme entre le travail d'unification de la langue
de l'Etat italien qui a été effectué a partir de l'œuvre
de Dante d'ALIGHIERI, et l'œuvre de Frédéric MISTRAL qui
a entraîné une normalisation de la langue occitane (ALIBERT) entre
troubadours du XIè et la francisation totale du XXè.
Il rappelle l'objectif du rapport GIORDAN "tous les hommes vivant en Europe
et parlant une langue régionale deviennent bilingues ".
La Commission européenne et le Conseil de l'Europe à l'occasion
de l'année 2001 des langues auraient le moyen d'exiger que la langue
standard utilisée par les Etats soit accompagnée de l'utilisation
- symbolique ou non - de la langue locale, le Conseil de l'Europe exigerait
ainsi aux pays européens des critères stricts d'application et
des critères assurant l'avenir de celles-ci.
Réponse de Mme. JENSDOTTIR, L'Union Européenne fait préparer
à chaque Etat, qui postule à l'entrée dans l'UE, la signature
de la Charte. Le Conseil de l'Europe aide l'Etat à une ratification adaptée,
pour le choix des paragraphes de la Charte qu'il s'engagera à appliquer
et respecter. Elle note que si l'on clarifie la situation linguistique des pays
entrants, on a le paradoxe suivant, c'est que certains Etats qui font déjà
partie de l'UE, l'Autriche, le Danemark, l'Espagne, le Luxembourg, et France
ont seulement signé la Charte et la procédure de ratification
semble difficilement envisageable en France et en Grèce. Dans ces deux
cas, l'UE ne cherche pas à débloquer la situation, et semble attendre
une accalmie pour envisager une harmonisation des législations européennes.
Mise au point technique sur la procédure de ratification de la charte
: c'est une procédure contrôlée. Si la France décide
de ratifier la Charte, entreront en fonction 7 experts indépendants,
regroupés en comité, qui vérifieront un an après
la ratification, la bonne application des articles choisis par l'Etat (les membres
des associations culturelles, linguistes peuvent donner leur avis), et le cas
échéant pourront soumettre des recommandations au Conseil des
ministres du pays concerné.
Une question sur la différence entre langues autochtones et celles dues
à l'immigration. Question qui revoie plus généralement
au problème du statut des langues de l'immigration. Réponse, la
charte n'a pas choisit ces langues car elles ne sont pas définies par
l'Union Européenne comme des langues régionales au sens ou elles
n'ont pas étés traditionnellement parlées en France.
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14h -16h
Lecture de l' "Intervention du Comité Français du Bureau
européen des langues moins répandues " par Mme. Anna-Vari
CHAPALAIN.
" A une époque de mondialisation et de coopération
internationale où quelques langues sont devenues des langues mondiales,
il est impératif de maintenir la diversité des langues locales".
Après cette déclaration de M. Kofi ANNAN, secrétaire général
des Nations Unies, à l'occasion de la journée internationale des
langues maternelles célébrée pour la première fois
par l'ONU et l'UNESCO le 21 février 2000, tous les représentants
des associations culturelles du territoire de la République française
ont exprimé le besoin de soutenir la déclaration du secrétaire
général de l'ONU. La défense de la diversité des
cultures et des langues a motivé le Colloque " Diversité
culturelle et Plurilinguisme " , tout comme le blocage du Conseil Constitutionnel
… ( véder Intervention du Comité français du BELMR)
Débat animé par M. ROURE, premier adjoint au
maire de Perpignan.
Après avoir remarqué que d'une part, la France défendait
la francophonie - et dans ce cas - entendait promouvoir et défendre la
diversité culturelle dans le monde, avec une alternative culturelle proposée
par la France selon le principe de l' "exception culturelle française"
(instaurée comme règle en matière de culture dans les relations
avec les pays anglo-saxons) justifiant un ultra chauvinisme et un patriotisme
démodé (et quasi promilitaire ) ; il semblait paradoxal d'observer
que d'un autre côté, la France continuait de refuser son soutient
aux actions des mouvements "régionaux" et, de surcroît,
n'appliquait pas les textes qu'elle avait pourtant signé pour être
- enfin - en règle avec la législation communautaire.
Le BLMR considère que les mesures de soutient engagées par la
France sont insignifiantes, les circulaires de la France ne vont pas dans le
sens d'ouverture la du BLMR et de ses interlocuteurs. Ces mesures minimalistes
constituent ainsi un marchepied pour la France afin de mieux s'élever
contre des mesures qui menaceraient l'unité du peuple français.
Le rôle du français comme de ciment de la France républicaine
et dernier trait d'union entre les habitants semble aujourd'hui menacé.
Il apparaît nécessaire de défendre 'la langue de la république'
constitutionnellement en soutenant une langue unique excluant ainsi toute pluralité.
Ceci n'est ni le fait du Conseil de L'Europe, ni de nos associations culturelles,
c'est l'Etat qui par le Conseil Constitutionnel s'est braqué face à
une Europe tournée vers l'ouverture et la diversité. En conséquence,
il ne faut pas s'étonner si l'on observe des "conflits régionaux"
d'une grande violence (quelle que soit la noblesse de la cause, l'usage de la
force restant condamnable). Cette violence est comparable à celle des
agissements peu démocratiques de l'Etat français, peu démocratique
lorsqu'on observe que plus de 75% des français sont favorables à
la ratification de la Charte européenne. Le risque est de voir s'instaurer
en France une pensée unique sous la pression de l'Etat.
La constitution comme énonciation des mécanismes nécessaires
au fonctionnement démocratique des institutions doit permettre d'harmoniser
la vie en communauté et est un outil qui régule les rapports entre
les citoyens et leur Etat. La France qui insiste sur son passé de "nation
ambassadrice" des droits de l'homme dans le monde devrait cependant réactualiser
son image au vu des agissements concrets et des positions politiques des représentants
du peuple et des gardiens de l'Etat. L'Etat domine le citoyen, si ce n'est qu'il
l'écrase et avec lui toute son histoire, afin qu'il devienne un homme
docile et bien pensant, qui ne changera pas l'ordre "immuable et valable"
des choses politiques, culturelles, stratégiques défendues par
une poignée de citoyens.
Intervention de M. Hugues MOUTOUH, juriste occitan, professeur
de Droit public, et - anecdote qu'il nous a signalé- a eut beaucoup de
mal a faire publier un article sur l'attitude de la France à l'occasion
de la ratification de la Charte européenne des langues dans une revue
juridique spécialisée.
L'initiative de la procédure de révision constitution est partagée
entre le Président de la république et le Parlement … (véder
fixa de TD Drech Public : " La révision constitutionnelle sous la
Ve république " )
Un fait notable aujourd'hui, l'influence de plus en plus marquée
du droit dans la vie politique, ou plutôt de la saisie de plus en plus
fréquente du droit dans les conflits d'ordre politique. Cette constatation
reste cependant atténuée par le fait que la politique et le droit
ont des influences réciproques, parallèles et continues.
Aussi, le droit des langues régionales est-il devenu un instrument politique
aujourd'hui en France. C'est une provocation que de parler aujourd'hui de communautés
linguistiques, c'est s'opposer à l'assimilation et l'intégration.
C'est alors favoriser un retour en arrière et une balkanisation (terme
à la mode) du pays.
Une question se pose en France, comment peut-on tenir compte de l'opinion des
citoyens?
La solution serait de redéployer le cadre démocratique, malheureusement
la démocratie française n'exprime pas la volonté individuelle
mais celle générale (de l'Etat). selon A. TOURAINE la démocratie
est "le respect des projets individuels et collectifs, le respect de l'individu
( et de la personne?) et le respect de l'appartenance nationale, culturelle,
ou religieuse ".
Une nouvelle pluralité existe aujourd'hui, selon le principe d'universalisme.
C'est un principe meilleur, tous les hommes ont les mêmes capacités
intellectuelles et morales, même si les performances diffèrent,
car ils ont les mêmes aspirations à la liberté.
SCHNERPER "l'autre est un autre soi même ". L'universalisme
reste cependant une notion. Et elle est critiquable car ce concept est opératoire
et se heurte à la réalité. L'espèce humaine est
multipliée à l'infini, cette multiplication à entraîné
la production de différences chez l'homme (cf. L. BLANC) qui s'oppose
aujourd'hui à un assimilationnisme autoritaire.
Revendiquer le fait que tous les individus soient traités avec le même
respect est un principe qui est un de ceux affirmés symboliquement par
la Déclaration des Droits de l'Homme de 1948, mais aujourd'hui nous en
sommes loin d'une application réelle. Et le problème est le suivant,
comment peut-on rendre impératif l'application d'un texte qui n'a pas
de force juridique - parce qu'il n'est pas positivé, c'est à dire
qui n'a pas acquis une certaine force obligatoire - ?
En 1790 l'ancien royaume de France correspondait à la diversité
des français et la République menacée avait entraîné
un nécessaire besoin d'unité. Aujourd'hui pourtant, la république
n'est plus en danger et par conséquent, l'unité forcenée
n'est plus nécessaire. 201 ans plus tard on n'a toujours pas changé
de position. M. Pierre JOXE s'est exprimé sur la question de la reconnaissance
du "peuple corse" et a réitéré les positions
centenaires (véder article). Aussi le 9 mai (1991), le peuple corse n'était
pas considéré comme une nation. Pour le Conseil Constitutionnel
en tant que nation sont considérés " tous les citoyens français
sans distinction de race, de religion, de culture ".
En 1992, l'article 2 de la Constitution est modifié et l'on précise
que " la langue de la république française est le français
", officiellement afin de mieux contrer la domination de l'anglais. Malgré
la réticence de certains députés 'provinciaux' qui remarquèrent
que cet article pouvait être utilisé dans un autre sens c'est à
dire, à l'encontre des langues régionales du territoire français,
il leur fut assuré que cet article serait interprété uniquement
dans le sens où l'on défend la langue française face aux
langues de l'extérieur, mais pas contre les langues de l'intérieur
de la république.
Et boum, patatrac, arrive le 9 avril 1996 ! Le Conseil Constitutionnel est saisit
et doit observer la constitutionnalité d'un texte avant sa ratification
aux yeux de l'article 2 de la constitution. Au vu de l'article 2, la Constitution
impose l'usage du français aux personnes publiques, aux entreprises publiques
et aux entreprises à vocation publique (c'est à dire touchant
un assez grand nombre d'individus) La décision du Conseil Constitutionnel
est alors quasiment un revirement de jurisprudence, le Conseil interprétant
les effets de l'article 2 sous un nouveau jour. De plus, du fait que ce soit
un arrêt du Conseil Constitutionnel, il obtient la même valeur que
les articles même de la constitution, il prend alors une valeur constitutionnelle.
Le français devient la seule langue praticable. Du fait de son officialisation
par une telle décision, il n'est plus possible de modifier l'interprétation
de l'article 2, et encore moins de son contenu du fait de sa valeur constitutionnelle
et des difficultés rencontrées lorsque l'on veut engager une procédure
de révision constitutionnelle.
Mais, le problème est le suivant, comment le Conseil Constitutionnel
a-t-il pu donner une quelconque valeur constitutionnelle à un article
dont il a changé l'interprétation et l'effet originel ? En effet,
c'est sans rappeler que si un acte constitutionnel est clair, le Conseil n'a
pas à l'interpréter autrement. Dans le cas contraire, le juge
constitutionnel doit chercher des débats politiques relatifs à
l'article. Mais en 1992 lors de la révision de l'article 2, il est noté
clairement que certains députés ont exprimé leur crainte
de voir cet article - prévu à la base pour contrer la domination
de la langue anglaise en France -, même si le président de l'Assemblé
Nationale de l'époque M. EMMANUELLI les rassura immédiatement.
Cette vision des choses (sorte de jurisprudence constitutionnelle) fut confirmée
par le mandat de M. TOUBON en 1994, alors ministre de la culture qui réaffirma
les effets de l'article 2 et força même son application dans certains
domaines (ce qui lui valu, noté ici pour anecdote le surnom de M. 'ALLGOOD').
En 1996 le conseil Constitutionnel pose donc une interprétation contestable
de l'article 2 et sort de son devoir de réserve, à l'image de
M. Yves GUENAT alors président par intérim du Conseil Constitutionnel,
qui est sorti de son devoir de réserve en entérinant une telle
décision. C'était le cas du Conseil Constitutionnel et du Conseil
d'Etat qui avaient déclaré déjà en 1991 - suite
à une action en recours d'associations bretonnes contre la Poste - l'emploi
d'adresses postales notées en langue régionale comme incompatibles
avec les lois de la république, et en 1997 dans le même cas pour
des adresses écrites en basque.
Le 15 juin 1999 a eut lieu une manifestation de l'abrogation des particularismes
régionaux en France. En effet, le Conseil Constitutionnel n'a pas donné
son aval à la ratification de 'la Charte Européenne des langues'
au motif que ces mesures entraîneraient la création de droits collectifs
à des catégories déterminées d'individus. Il défend
en conséquence le principe d'indivisibilité de la République
qui correspond à l'uniformisation sociale de l'Etat Français.
Cette obstination contre les langues minoritaires est - à l'origine -
explicable. En 1792 l'unité de la République française
étant menacée cela à aboutit à la création
d'un véritable dogme, comme vérité essentielle et incontestable,
instaurée en quasi religion républicaine française.
Aujourd'hui encore, cette obstination transparaît dans la leçon
de Droit Constitutionnel contestable que le Conseil Constitutionnel entend nous
inculquer. Le Rapport de M. CARCASSONE ( rapporteur du premier ministre JOSPIN)
sur la Charte affirme que celle-ci ne pose pas de problème avec la Constitution
française. Mais, depuis longtemps les Gouvernements ont évité
d'utiliser les langues régionales dans les domaines, politique, économiques,
humains, en France, exactement depuis 1542. Et cela dure.
Comment cela est-il possible ?
Le Conseil Constitutionnel qui a examiné les 39 articles de la Charte
choisis par la France a affirmé que tous les articles étaient
en règle en rapport de la Constitution, cependant il a relevé
l'inconstitutionnalité de la Partie 2.
Un Droit est un droit de l'Homme dès qu'il existe dans un texte de loi,
est reconnu dans un principe constitutionnel, ce qui lui donne son effectivité.
On ne parle ainsi de Droits fondamentaux que pour les droits conservés
et défendus par un texte qui a une valeur constitutionnelle. Un texte
ainsi positivé, légalisé accède au sommet de la
hiérarchie des normes juridiques, au dessus de toutes les lois et règlements,
il obtient une valeur constitutionnelle. Le Conseil Constitutionnel s'est ainsi
servi de la Constitution comme instrument de droit contre les langues régionales.
L'objectif du Conseil dans son arrêt du 15 janvier 1999 a été
de suggéré l'inopportunité d'un tel projet au regard des
conséquences possibles d'une rectification. Il phantasme sur les dérives
possibles, la Charte n'est pourtant pas une reconnaissance de Droits collectifs
de minorités, c'est la défense d'un patrimoine culturel qui n'appartient
à personne. La Charte permettrait de donner un statut, une sécurité
juridique aux locuteurs.
Le Conseil Constitutionnel refuse et s'inscrit ainsi dans la logique de la "Rhétorique
réactionnaire " de HIRSCMANN. On ne remet pas en cause la réforme,
quelle que soit l'importance de celle-ci, on met en exergue les conséquences
envisageables le plus souvent funestes, du style "c'est la partie émergée
de l'iceberg", "c'est mettre e doigt dans l'engrenage ", etc
.
Tout ceci constituant un arsenal discursif qui cache des mauvaises volontés.
Les pouvoirs publics essayent par tous les moyens de limiter l'évolution
comme le disait Félix FAURE on a le choix entre " parler et ne rien
faire et, ne pas parler et ne rien faire ".
Il faut passer à l'action tant sur le terrain, que dans les groupes de pression, les spécialistes des problèmes techniques qui contribueront à faire avancer l'idée de diversité, d'ouverture sur la différence, de respect. Il est temps de montrer que, dans une république, la majorité des individus qui soutiennent un projet ou sont favorable sont droit d'être entendus par des élites peut être trop éloignées des préoccupations quotidiennes, et que si les représentants du peuple ne savent pas écouter ses aspirations, il faut que le peuple lui rappelle ce qu'est la démocratie.
Intervention de M. Said SAADI, berbère, professeur de Sciences Politiques, qui introduit son exposé par le commentaire d'un proverbe berbère (amazigh) : " Il n'y a pas d'os dans la langue " .
Dans sa déclaration du 21 février 2000, M. Kofi
ANNAN a relevé le paradoxe suivant, d'une part l'ouverture sur le monde,
d'autre part le monolinguisme officialisé par les Etats. Le monolinguisme
semble être devenu pour certains une raison d'Etat, un principe inhérent
à l'Etat. Ceci s'oppose au phénomène dont on nous parle
tant, la mondialisation et, que la France dénonce au niveau international
en défendant son point de vue linguistique et culturel : La Francophonie
et le principe de l'exception française.
Sur le plan de la reconnaissance des langues en France, cela entraîne
un cadre de réflexion sur les langues de l'immigration. Une langue étant
le plus souvent rattachée à une culture, histoire locale et à
un territoire, où situer les langues déplacées, issues
de l'immigration ? Non plus définies comme langue régionale mais
comme langues minoritaires (sans territoire spécifique).
Il paraît nécessaire de rendre les langues à leurs sociétés,
et à leurs locuteurs dès aujourd'hui. Ce droit du locuteur est
issu de la nature. Le fait qu'un homme parle entraîne un fait positif
(et positivé) reconnu devant les Etats. Cependant il ne faut pas faire
l'amalgame. Parler de 75 ' langues françaises ' est bien différent
de la réalité et des 75 ' langues de France ' (hexagone et dépendances).
Pour plus de légitimité il est nécessaire de changer de
vocable pour employer des termes plus appropriés, comme l'avait symboliquement
choisit le roi de France sous la Restauration en passant du titre hérité
de l'ancien régime ' Roi de France ' à celui de ' Roi des Français
'. Il y a un territoire, mais il faut nécessairement tenir compte des
homes qui l'occupent. Pourtant la différence se fait avec l'officialité,
ainsi est reconnue de la langue française ce qui n'est pas le cas des
langues et populations composant le CFBELMR. Les langues sont liées à
un territoire de France, c'est un élément naturel de constitution
d'un Etat. Toutefois, de par son histoire en France on à : d'un côté
on à les langues du territoire, de l'autre les langues sans territoire.
Le rapport entre terres et langues (langues régionales) est important
mais, on ne doit pas écarter la question des langues minoritaires. Dans
cette logique, le locuteur berbère est une part historique de la France
(linguistique). Selon J-L COLERT, l'uniformisation est l'homogénéisation
linguistique par la création et l'emploi d'une langue centrale, inversion
: règle imposée entraînant aux XVIII-XIXe siècles deux
notions linguistique entre langues. Souvent aujourd'hui, cette opposition est
sujette à débats. Le français est la langue de l'Etat-
nation, remettre en cause cette inversion linguistique entraîne la remise
en cause de la République Française. Le rapport Poignant cite
: " le XXIe siècle revendications identitaires républicaines,
sinon des autres s'en chargeront". L'assimilationnisme de la république
n'est pas perdant concernant les valeurs identitaires. Formation de l'Etat identité
papier, prescrit/ proscrit devenant un conflit de purification. Pas de modalité
identitaires, évolution de la situation au nom des Droits de l'Homme
contre l'opposition naturelle. Le statut de la langue berbère et de l'arabe
en France : rôle d'intégration comme langues de France, rôle
de langue régionale ayant été historiquement liée
à un territoire de France. Conséquences au présent : la
communauté amazighe et arabe présentes sur le territoire français
marquant physiquement une appartenance historique. Le berbère aujourd'hui
est inscrit dans les critères de la Charte européenne des langues
régionales et minoritaires pratiquée par des ressortissants de
France. Aujourd'hui en France, on peut choisir au bac comme épreuve facultative
une langue d'Afrique du nord. C'est le cas de 2 mille élèves.
Mais le problème posé est l'institutionnalisation durable dans
le paysage français pour vivre et pérenniser ces cultures. On
distingue le Berbère, l'Arabe littéraire et l'Arabe maghrébin
(faussement qualifié de dialectal). Ce dernier langue du peuple, est
largement dévalorisé au profit de l'arabe dit littéraire
arabe scriptural langue du Coran (islam), de l'éducation religieuse.
Ce phénomène s'est amplifié depuis l'indépendance
donnant un statut de langue officielle à l'Arabe littéraire et
délaissant le berbère et le maghrébin. L'officialisation
du berbère et de l'arabe maghrébin semble possible compte tenu
de notre histoire commune avec les anciennes colonies, on peut dire que l'arabe
à été une langue de la République française
: l'Algérie conquise en 1830 étant un département français
jusqu'en 1962 (ndlr : on notera que le Comté de Nice lui a été
annexé 'depuis' 1860 comme la Savoie, bien après la Corse par
exemple annexée progressivement de 1768 à 1789). Ce serait d'autant
plus une mesure symbolique importante du fait qu'aucun des cinq Etats du Maghreb
n'ai encore reconnu ces deux langues. Il faut rajouter qu'une langue reconnue
officiellement par l'Union Européenne peut inciter les Etats concernés
à défendre les langues de tout le Maghreb depuis l'Egypte- Libye
jusqu'aux îles Canaries. Le berbère n'est pas encore reconnu par
un Etat du Maghreb. La question de la reconnaissance en France entraîne
un différent cadre de réflexion sur l'Etat au Maghreb. La question
de l'institutionnalisation d'une telle langue permet de la faire vivre et de
la pérenniser.
L'étasunien Samuel HUNTINGTON prévoyait pour le XXIe siècle
" un clash des civilisations, une guerre des langues et des cultures ",
ceci ne pourra pas arriver si l'on apprend à respecter l'autre et à
le (re)connaître. La communication et l'échange permettent de briser
les barrières, l'assimilation à tout prix est un danger, car c'est
aliéner l'identité de l'autre. C'est ce qui explique notamment
les conflits régionaux, de purification ethnique (et linguistique). Aujourd'hui,
il faut rendre les langues aux individus et aux sociétés humaines,
car il y a près de 60 mille langues dans le monde. Parler est un droit
naturel.
Bilan :
On retient l'idée de M. GIORDAN sur la planification des langues régionales
et d'un projet d' 'Etats généraux des langues de France' (comme
à Nice les 'Etats généraux de l'Identité Niçoise'
en 1998). La coordination du BELMR pour " 2001 L'année européenne
des langues " se fera avec le soutient conjoint du Conseil de l'Europe,
et de l'UE. Il faut profiter des échéances électorales
2001 -municipales et présidentielles- afin de faire pression sur les
politiques, de s'imposer comme interlocuteur, et se faire entendre. Il est nécessaire
de créer un statut politique de la langue face aux oppositions des Etats.
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MANIFESTATION pour une législation progressiste en faveur des langues
autres que le français (occitan, catalan, corse, etc.)
à partir de 17h devant le Conseil Constitutionnel et le Conseil d'Etat
Manifestation devant le Conseil Constitutionnel et le Conseil d'Etat place du Palais Royal (Paris, 1er arrondissement) à l'appel du COMITE REPUBLICAIN. Près de cinq cent personnes rassemblées pour la modification de la Constitution, plus précisément depuis la révision de l'article 2 par la Loi constitutionnelle du 25 juin 1992 (Premier alinéa « La langue de la République est le français »), renforcé par la Loi nº 94-665 du 4 août 1994 dite 'loi TOUBON', et récemment réinterprétée par le Conseil Constitutionnel devenant alors une barrière à la pratique légale, moderne et effective des langues dites régionales (Ndlr : la langue d'Oc est une langue internationale parlé de l'Italie à l'Espagne).
Banderole "Quelle Europe pour l'Occitanie ?" et drapeaux
occitans (languedocien, nissart, etc.)
(photo Joan-Peire Giraud)
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